CHAPITRE II. — MARS-JUIN
Micaines avec l'argent que lui donnerait Wickham; mais il devait se confiner dans les limites de cette mission spéciale et éviter à tout prix de soulever des difficultés entre l'Angleterre et le gouvernement helvétique, poussé parla République française : il convenait de ne pas fournir de prétexte à la France pour violer la neutralité suisse, et de conserver un |> ">(e d'observation aussi favorable que l'était Berne.
I /Angleterre comptait prendre une part très-nctive à la campagne de 1795. Avant appris les difficultés pécuniaires qui menaçaient d'amener la dissolution de l'armée de Condé alors à la solde de l'Autriche, lord Grenville fit proposer à Condé d'entrer au service de l'Angleterre : Condé allégua ses engagements avec l'Empereur. Le gouvernement britannique demanda à plusieurs reprises le consentement du cabinet de Vienne, qui se montra peu disposé à l'accorder. La dernière fois que sir Morton Eden, ambassadeur anglais à Vienne, en avait parlé, on lui avait répondu que « les projets d opérations du côté de la Franche-Comté rendaient l'Empereur particulièrement désireux de maintenir l'armée de Condé dans sa situation actuelle, sous sa direction1 » . En effet, si la campagne réussissait, l'Autriche aurait ainsi bien plus d'autorité pour réclamer quelque indemnité, 1 Alsace par exemple et les Trois-Evêchés, et faire valoir les services sans nombre rendus par elle aux émigrés. Laisser au dernier moment à l'Angleterre tout le bénéfice de la formation et de l'entretien des corps rovalistes eût été d'une politique peu avisée ; mieux valait que Condé, dont on se défiait un peu d'ailleurs, se trouvât dans la gène et n'agit que par le secours et sous les ordres de l'Autriche. Chacun des coalisés aspirait au rôle dirigeant dans la restauration monarchique. On a vu l'empressement avec lequel Wickham réclamait pour le régent, dès son entrée en France, la compagnie d'un émissaire anglais. Voici maintenant l'Autriche qui s'efforce de rester seule protectrice de l'Est,
1 Lord Grenville à Wickham, 10 mars 1795.
comme l'Angleterre était devenue celle de l'Ouest par la force même des choses.
Mais il était peu aisé aux alliés de se communiquer le fond même de leurs pensées. Au reste, comme le disait un émigré1, la Grande-Bretagne, en prenant les colonies françaises, avait presque tout ce qu'elle pouvait attendre de la paix, en dehors des indemnités pécuniaires; il ne lui restait donc plus qu'à faire consacrer ses conquêtes par un traité : cela lui permettait de se montrer plus facile que l'Autriche et plus généreuse. Elle acquiesça donc à ce que lui avait fait dire la cour de Vienne, mais pria l'Empereur de satisfaire aux besoins de Condé et de lui fournir les moyens d'augmenter son armée; puis lord Grenville commanda à Wickham* d'entrer en relation avec Condé, soit directement, soit par un intermédiaire de confiance, pour lui donner des secours si sa situation nécessiteuse subsistait, et lui promettre en tout cas de 1 appuyer auprès de 1 Empereur; Wickham devait aussi s'informer en détail de tout ce qui concernait le prince et son armée. A ce plan de conduite adopté par le gouvernement anglais, l'Autriche pouvait encore trouver à redire : Gondé n'était plus en somme qu'un mercenaire autrichien, et l'intervention d'un tiers, ce tiers fût-il même un allié, entre un chef de corps et ses supérieurs immédiats peut à bon droit exciter les susceptibilités de ces derniers. Cela n'échappa point à Wickham : lorsquen exécution des instructions de lord Grenville, il se détermina à envoyer un agent au prince de Condé, il chargea cet agent, M. de la Tour, ami du prince, fort connu en Franche-Comté, d'une lettre où il avait soin de ne pas spécifier qu'il agissait sur les ordres exprès de sa cour; il se contenta de le dire à la Tour : une lettre égarée est toujours indiscrète.
La Tour vit Condé le 4 avril à Kottenburg sur le Neckar.
1 Le baron de Nantiat au maréchal de Castries, 22 avril 1794. — British Muséum, Mss., Add. 8008.
2 10 mars 17ÏT).