‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 21 sur 156 · CHAPITRE II. — MARS-JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS-JUIN

ment et sa prudence étaient remarquables ; sa dépêche du G avril en fait foi ' : il y examine successivement tous les cas qui peuvent se présenter, en proclamant la nécessité absolue d'un mouvement intérieur si l'on veut retirer de 1 intervention de Condé toute l'utilité qu'on en peut attendre.

Malheureusement la situation était loin d'être aussi bonne <|ue Wickham le désirait; elle se trouva bientôt compromise par les imprudences des émigrés, qui forcèrent Wickham à interrompre sa correspondance avec Salins, crainte d'une solution violente5, et surtout parles bruits de paix qui se répandaient avec une rare persistance.

Durant tout le cours de l'hiver qui venait de s'écouler, Wickham avait soupçonné l'Empereur d'avoirfait sonder quelques personnes à Paris au sujet de la paix ; il chercha à éclaircir la chose et mit ainsi la main sur un agent autrichien qui, sans avoir l'autorité et la capacité nécessaires pour négocier des préliminaires, s'était néanmoins rendu à Paris en octobre 1794, afin d'y observer les dispositions des personnages dirigeants et les tendances de l'opinion publique3.

(Juant à la cour de Turin, dont l'aide était indispensable pour

1 Voir aux Pièces justificatives, h.

- Wickham à lord Gienviile, 26 avril 1795.

3 Cet agent avait reçu des instructions du baron de Greiffennegg, président de l'administration impériale du Brisgau (30 août 1794); il devait se renseigner sur la situation intérieure de la France, sur les membres du gouvernement, et savoir si le manque de ressources et le vœu du peuple de jouir du repos u ne le porteront pas à la paix, et quelles sont leurs idées sur les bases et sur les conditions auxquelles ils veulent la donner ». L'agent séjourna à Paris du 12 vendémiaire au 1er nivôse; voulant ensuite entrer au service de Wickham parce que la cour de Vienne était « trop tardive et trop parcimonieuse », i! lui communiqua le plan du rapport qu'il adressait à Greiffennegg : la Convention veut la guerre; le peuple est disposé à la paix; il faudrait peu d'argent pour organiser un mouvement sérieux dans ce sens. C'est par les clubs et les journaux qu'il a cru devoir travailler l'opinion. — La mission principale de cet agent d'ordre très-inférieur était de découvrir deux conspirateurs allemands réfugiés à Paris; il ne reçut que 90 louis, pour deux voyages en France, et un séjour total de plus de quatre mois et demi. Cela donne une idée de l'importance qu'il faut attacher à cette mission. — Les détails de cette affaire furent envoyés par Wickham à lord Grenville, le 28 mars 1795.

organiser une diversion en Savoie, elle était animée des meilleures intentions; mais, tout en désirant rester dans la coalition, elle cherchait à laisser une porte ouverte à la réconciliation avec la France. Un incident assez curieux vint exciter les soupçons de Wickham à cet égard.

Le haron de Vienet, ministre sarde en Suisse, avait pour secrétairejun prêtre émigré du nom de Pages, ami d'un certain Bertrand, chapelain de la princesse Louise de Gondé à Frihourg et frère d'un conventionnel \ Un soir où les deux amis se trouvaient réunis, ils eurent l'idée de faire conclure à la maison de Savoie une paix séparée, et Pages amena Bertrand à écrire à son frère ; celui-ci, pensant tout naturellement que la proposition venait du haron de Vignet, exprima le désir que ce dernier entrât en relation avec Desportes, ministre résident de France à Genève. Pages, au lieu de communiquer cette réponse à Yignet, s'adressa directement au ministre des affaires étrangères de Turin, qui invita aussitôt Yignet à infliger à son secrétaire une sévère réprimande ; avant même que ces ordres fussent parvenus à leur destination, Desportes envoya à Vignet un agent chargé de négocier, et Vignet, tout étonné de l'intrigue qui avait été conduite à son insu, s'empressa de chasser Pages; mais il retint l'agent français jusqu'à l'arrivée des instructions de son gouvernement.

Avant eu vent de l'affaire, Wickham en parla à Vignet, qui lui conta toute l'histoire et lui montra les pièces. Wickham, presque convaincu que la Sardaigne voulait continuer la guerre, remarqua cependant dans la lettre de Pages au ministre sarde que l'ahhé avait quelque raison de croire sa conduite agréahle à ses supérieurs; cette lettre débutait en effet par ces mots :

« Le baron de Vignet m'avant fait observer dans le courant de l'hiver que chacun semblait intriguer pour soi-même ( (o be ihiflitKj for himse/f), et qu'il était grand temps desavoir à quelles

1 Wickham à lord Grenville, 26 avril 1795.

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