CHAPITRE II. — MARS-JUIN H
conditions la Convention serait disposée à accorder la paix, j'ai cru de mon devoir de tenter de me renseigner à ce sujet »
Au mois d'avril 1795, l'agent que Desportes avait d'abord employé dans la négociation revint à Berne et eut plusieurs entrevues avecVignet; celui-ci déclara à Wickham qu'ayant transmis à Turin les propositions françaises, il ne pouvai renvoyer l'agent sans avoir reçu des instructions; il ajouta textuellement qu'il n'avait pas laissé espérer une réponse favorable, parce que la France proposait seulement « d'aider le roi de Sardaigne à conquérir le Milanais, et ne voulait pas entendre parler de restituer la Savoie » .
Quelques jours plus tard, les commissaires de la Convention, récemment arrivés à Carouge, affirmèrent dans une proclamation que la Savoie ne ferait jamais retour à ses anciens maîtres. Wickham n'y vit qu'une menace; il pensait que la Convention consentirait à tous les sacrifices pour avoir la paix. Le 10 avril, Vignet reçut une lettre du conseil de Bâle qui offrait sa médiation entre la France et la Sardaigne ; il écrivit à Barthélémy au sujet de la Savoie. Yignet ne reçut pas de réponse sur le moment. Mais évidemment la Sardaigne cherchait à se ménager certaines facilités pour conclure la paix d'un instant à l'autre1.
Négocier les préparatifs de la campagne dans ces conditions était une tâche vraiment ardue; au moment même où chaque jour perdu pouvait compromettre l'oeuvre entière, où la plus grande précision dans les plans et dans l'exécution était nécessaire, on rencontrait à chaque pas des causes de retard et d'hésitations. Cependant, au dire même de Wickham, la Sardaigne gardait « les meilleures intentions pour rester dans l'alliance » ; il lui répugnait de faire la paix sans avoir épuisé tous ses moyens pour reprendre la Savoie. Il s agissait de tirer de cette situation le meilleur parti possible.
D'Artès, dans son voyage à Turin, remit à Trevor un mé-
1 Wickham à lord Grenville, 24 avril 1795.
moire' sur la coopération des armées du Midi et l'exécution du plan de Wickham. Le midi de la France offrait ce grand avantage d être plus rovaliste que le nord, et aussi moins fortifié; le général Devins devait donc s'efforcer jde chasser les Français de la rivière de Gènes et remonter vivement vers la Savoie. La Suisse, prise entre son armée et celle de Franche- Comté, n'hésiterait pas à fournir au roi de France les vingt-six bataillons qu'exigeaient d'elle les anciens traités. La Vendée, d autre part, étant aux mains des Anglais, on marcherait aisément sur Paris.
Mais le concours de l'Autriche était indispensable. A Vienne, on avait quelque appréhension que l'Angleterre ne traitât avec la Convention; limpression produite par ce bruit avait été grande. « J'espère que c'est un signe que là au moins tout est sûr, disait Trevor en annonçant ce fait à Wickham3, et qu'ils ont l'intention d'agir avec la vigueur qu'ils sont doublement encouragés à déplover maintenant. » 11 sembla un instant en être vraiment ainsi; sir Morton Eden eut à Vienne une entrevue avec le baron de Thugut. Celui-ci croyait qu'aucune tentative ne devait être faite en Savoie avant que la rivière de Gênes ne fût libre. Cependant il se montra disposé à accorder pleins pouvoirs au général Devins ; Précy et Trevor discuteraient librement avec lui. Thugut promit trente-cinq mille hommes pour cette entreprise : la Sardaigne eu ajouterait autant qu'elle voudrait. Cela était assurément très-satisfaisant ; il est vrai qu'en mettant les choses au mieux, les plans sur la Savoie ne pourraient aboutir qu'au mois de juillet; mais, les intentions de l'Autriche paraissant excellentes, on pouvait se préparer pour cette époque3.
Lord Grenville avait répondu* à la dépêche de Wickham du 6 avril par une approbation complète de la conduite et des
1 25 avril 1795.
2 30 avril 1795.
3 Sir Morton Eden à Trevor, Vienne, 11 mai 1795. « 5 mai 1795.