‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 24 sur 156 · CHAPITRE II. — MARS-JUIN 1795. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS-JUIN 1795. il

gleterre continuera-t-elle seule à lutter? Wickham ne pouvait s'engager si avant; mais la réponse de lord Grenville fut tout à fait encourageante :

« Il ne saurait y avoir aucune difficulté à ce <|ue vous donniez au prince l'assurance que, dans les deux cas, Sa Majesté serait disposée, suivant les circonstances, à adopter les mesures les plus propres à lui permettre de continuer ses efforts; vous vous considérerez comme autorisé en semblable occurrence à agir par provision dans ce sens, selon les nécessités du moment '. »

En attendant, V Angleterre servait la cause commune de tout son pouvoir; le 12 mai, lord Grenville envoie cinquante mille francs à Coudé; le 22, il nomme le colonel Crawfurd attaché militaire auprès du prince, avec mission de pourvoir à tous les besoins des corps émigrés; il croit pouvoir faire quelque fondement sur les promesses de l'Autriche :

« ...Vous apprendrez par le colonel Crawfurd quelles sont les espérances entretenues par les officiers autrichiens sur la possibilité de profiter des dispositions actuelles de la Franche-Comté et des autres provinces frontières de France. Je me contenterai donc de vous dire à ce sujet que, d'après les dépêches de Vienne qui sont arrivées avec le traité signé dans cette ville pour la garantie de l'emprunt autrichien, il sembleque les \ues des Autrichiens soient encore dirigées sur la Franche-Comté, et l'on a donné à sir Morton Eden l'assurance formelle qu'à une période ultérieure de la campagne le prince de Condé sera lancé en avant dans cette province, avec un corps autrichien pour l'appuver et avec pleins pouvoirs d'agir suivant les exigences du moment 2. »

A la même époque, Wickham eut avec Condé une conversation des plus intéressantes. Pour la première fois il y eut entre ces deux personnages un échange de vues à peu près complet, tant sur l'état du parti royaliste que sur les projets annexionnistes attribués aux alliés. Condé n'avait pas encore

1 Lord Grenville à Wickliam, S juin 1795.

2 Lrrd Grenville à Wickham, 22 mai 1795.

reçu de réponse sur les demandes de secours qu'il avait adressées à Vienne, mais les officiers autrichiens lui témoignaient plus de respect et de confiance. D'après lui, si l'on confiait aux princes le secret des négociations de Paris que venait de lui révéler Wickham, ils le rediraient à quelqu'un de leur suite; et cependant il ne saurait répondre pour eux que dans les cas où l'on n'aurait pas le temps d'aller les consulter. Condé en vint de lui-même à parler du parti constitutionnel :

« Le prince de Condé me dit que lui et les autres princes

avaient toujours tenu le même langage, — mais que ces messieurs (les constitutionnels) n'avaient jamais jugé à propos de faire un

pas en avant ; que la Fayette serait anmistiécommc les autres,

mais qu'il ne devrait jamais mettre le pied en France, car il était certain qu'iV ne pourrait jamais traverser seul la première province . . . Le prince tomba d'accord avec moi que tout se réduisait, en ce qui les concerne, à calculer dans quelle mesure il était utile pour le moment de s'assurer leurs services.

« Il parut persuadé qu'ils n'avaient pas seulement de l'influence dans le Jura, mais qu'ils tentaient d'y foire une contre-révolution d'après leurs propres principes.

<i Si l'un de leurs chefs était disposé à foire sa soumission, il voudrait que le jeune duc d'Orléans fût le premier.

<i II sembla particulièrement anxieux de savoir si les Autrichiens ont l'intention d'entrer en Alsace et en Franche-Comté et de prendre possession de ces provinces en leur propre nom. Il condamna une telle mesure, disant qu'elle détruirait nécessairement tous les avantages que l'on pouvait retirer de l'emploi d'un corps français, et ajouta que les Autrichiens gagneraient bien plus par la plume que par le sabre.

« Il dit qu'il ne pouvait rien savoir du général Clerfayt sur ce sujet.

« Il a cru comprendre que les Autrichiens veulent garder la Francbe-Comté, l'Alsace et la Lorraine, et il suppose que la cour de Londres doit être d'accord avec eux.

u 11 dit qu'il ne voulait pas essaver de me sonder, mais qu'il désirerait vivement savoir les intentions réelles ou plutôt les exigences de la cour de Londres. Je lui dis qu'il les connaîtrait en

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