‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 28 sur 156 · CHAPITRE II. — MARS-JUIN 1195. àl · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS-JUIN 1195. àl

avec Condé serait désirable, mais la conduite à tenir est si clairement indiquée qu il ne faut pas perdre un seul instant, sous prétexte d'attendre son avis » . Les relations avec les puissances coalisées sont d'ailleurs bonnes; on espère que l'Espagne restera dans l'alliance; la Sardaigne et Naples se montrent persévérants: un traité vient d'être signé entre Sa Majesté Britannique et les deux cours impériales. Cependant il v a beaucoup d'incertitude dans les plans militaires de l'Autriche :

« ...Je doute que le colonel Crawfurd ait reçu du général Glerfayt des explications assez précises... pour servir de fondement à une action à Lyon, action qui reposerait sur l'espoir d'un appui venant à un moment donné, ou dans une direction déterminée qu'il faudra ultérieurement fixer. On peut certainement dire que les deux points en question sont corrélatifs; — que, si une contrerévolution se produit à Lyon de façon à appeler l'attention de la Convention de ce côté, M. Clerfayt serait probablement plus disposé que maintenant à agir avec force et vigueur; tandis que, d'autre part, si les Autrichiens prennent l'offensivesurun point quelconque, il v aurait bien moins de danger à encourager une explosion à Lyon. Mais si l'on fait dépendre ces deux entreprises l'une de l'autre, de façon que l'une ne commence pas sans que l'autre soit certaine, il est fort à craindre que la campagne se passe en inaction, et que l'occasion présente échappe "... »

Sur le second point, il semble difficile à Grenville de répondre ; sans doute la Bretagne et la Vendée trouveraient un grand encouragement dans une insurrection lyonnaise, mais il ne faut pas précipiter les choses au point de compromettre par une action isolée un plan aussi sérieux. Wickham seul peut juger s'il vaut mieux pour le royalisme exciter Lyon à la résistance, « sans être plus certain que la sagesse ne permet de l'être encore, d'une coopération active venant de l'extérieur » .

Ce qui domine dans cette dépêche, c est sans aucun doute

1 Lord Grenville à Wickham 8 juin 1795.

une vive appréhension que tout vienne à manquer au dernier moment. On avait alors plus d'une raison de croire qu'il en serait ainsi; au lieu de cette action concertée à l'est et au sud, sur laquelle on fondait tant d'espérances, on parlait déjà de mouvements isolés; l'incertitude et l'hésitation étaient partout. Un instant, il fut question de n'envoyer que dix à douze mille hommes en Savoie : « Cela ne peut amener que désappointement1. » Peu après, Wickham déclare qu'une tentative de soulèvement de 1 Est entreprise par Condé seul serait impraticable3. Dans l'armée autrichienne, la jalousie éclate de toutes parts contre le prince; on exige que toutes les communications qui lui sont adressées passent par les mains du général en chef et du commandant de l'aile gauche, dont Condé fait partie3. Lorsque Wickham reçoit la dépêche de Grenville du 22 mai, il voit avec une «satisfaction infinie » que l'Autriche a l'intention de mettre loyalement en avant les princes français, car rien de sérieux n'est possible sans cela4; il semble certain désormais que Condé n'agira pas seul, et l'on peut s'en féliciter. Mais, à peine consolé de ce côté, Wickham exprime de nouvelles craintes ; la conduite des émigrés est telle qu'ils peuvent tout compromettre, non-seulement avant, mais même pendant l'expédition. Les prêtres dont on se sert réclament la restitution de leurs biens plutôt que le rétablissement de l'Evangile1; tous sont imprudents; les plus vieux sont « aussi mauvais que les autres {os bad as the l'est *)'» . Quelques-uns ont songé à se faire livrer le château de Joux, mais Wickham a pu arrêter l'affaire à temps. Les rivalités et les jalousies se multiplient à plaisir :

« ...Le ton et les manières des soldats du prince de Condé sont bien différents de ce qu'ils devraient être, et, quant à présent, il est difficile de concevoir le ton de leurs conversations sans les avoir

1 Wickham à lord Grenville, 6 juin 1795.

- Wickham ;'i lord Grenville, 15 juin 17 05.

3 Wickham à lord Grenville, 4 juin 1795.

'• Wickham à lord Grenville, 15 juin 1795. — Reçu à Londres le 3 juillet.

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