‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 29 sur 156 · CHAPITRE II. — MARS-JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS-JUIN

entendues. Il faut cependant absolument que cela chance avant l'entrée en France, sous peine des plus grands maux. Le prince le sait bien, mais il n'a pas le courage de chercher à s'y opposer... Il en est de même à Lvon '... »

L'esprit d intrigue des royalistes passe toute imagination :

"... Votre Seigneurie se tromperait étrangement si elle jugeait des émigrés de ce pays par les meilleurs d'entre ceux que vous avez vus à Londres, ou de l'autorité et de l'influence qu'ont sur eux les princes français par celles que le gouvernement de Sa Majesté a toujours exercées depuis leur arrivée en Angleterre. Ils me semblent vraiment former une nation à part et n'avoir rien de commun avec les autres.

« J'espère encore qu'avec de la patience et de l'habileté, nous viendrons à bout de cet esprit d'intrigue. Si le prince avait auprès de lui une personne capable de conduire cette affaire dans tousses détails, il n'y aurait rien d'aisé comme cela, car on pourrait facilement seconder ses plans, et concentrer sur un point tous les renseignements et toutes les informations. Le prince lui-même s'acquitterait aisément de cette tâche; mais, en fait, il n'est pas le maître, et il est aussi soumis aux volontés impérieuses de sa noblesse que nos anciens souverains l'étaient à celles de leurs barons féodaux'... •?

Malgré tous ces tiraillements, on en était presque arrivé à être prêt à l'action; sans doute les dissensions intestines du parti rovaliste auraient leur contre-coup sur la conduite de 1 insurrection, mais il est de la nature même des conspirations d'être d'une organisation difficile; luttant pour renverser un gouvernement, chacun se croit appelé à gouverner lui-même : d'où l'anarchie, et le plus souvent l'échec. Cette fois, il s'ajoutait à cela une autre difficulté : quel que fût l'enthousiasme, la Franche- Comté ne voulait pas agir sans Lvon; les Lvonnais déclaraient « péremptoirement » qu'avant de prendre les armes, ils désiraient qu'une armée étrangère se montrât, en état de les protéger. Et Wickham ajoutait :

1 YA'ickham à lord Grenville, 15 juin 1795.

* Wickham à lord Grenville, il juillet 1795. — Reçu à Londres le 6 août.

:.i 1. 'ANGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.

« Votre Seigneurie remarquera que tel a été l'avis constant de M. de Précy ; c'est celui des habitants sensés avec lesquels j'ai causé... Le motif en est la prudence, non la crainte... La Savoie leur est aussi nécessaire qu'ils le sont à la Franche-Comté, et la Savoie, malgré ses bonnes dispositions, ne peut ni ne doit prendre les armes jusqu'à ce qu'elle voie une arméede ce côté-ci des Alpes1. »

C'était donc à l'Autriche à donner le signal, et l'Autriche hésitait à ouvrir la lutte par le Midi, où s'était postée une forte armée républicaine; pis encore : au lieu de diriger ses armées sur Lyon par la Savoie, elle préférait leur faire remonter le cours du Var. « C'est par le nord qu'il faut prendre le sud de la France », avait dit Conway en 1792; le général Devins se décida enfin pour la Savoie, dans un intérêt stratégique d'abord, puis parce qu'il serait ainsi plus promptement à portée d'appuyer, les Lyonnais.

Chose singulière, on se priparait de part et d'autre sans avoir la moindre confiance dans les dispositions des princes à l'égard de leur peuple. Wickham avait exprimé le désir d'avoir des pouvoirs de Monsieur :

«Je n'entendais par là, écrivait-il quelque temps après2, que d'avoir entre mes mains, sous une forme telle que je pusse la produire au besoin, l'assurance formelle de sa part qu'il serait disposé à accorder une amnistie sur les bases proposées dans les notes sur le mémoire.

« On m'a dit fréquemment que personne ne croirait l'amnistie possible, si on n'en voyait la promesse écrite de sa propre main. Une lettre à un individu quelconque suffirait.

u Votre Seigneurie verra par la note ci-jointe, que m'a remise le prince de Condé, que les vues des princes sont parfaitement conformes à celles des ministres de Sa Majesté sur ce point... »

Il y avait là de quoi se préoccuper.

Dans une lettre à Mounier, au mois de mai ou de juin, le comte de Provence avait bien parlé de sa « tolérance pour les

1 Wicktiam à lord GrenvîHe, 15 j"i» 1795. a 10 juin 1795.

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