CHAPITRE 11.— MARS-JUIN MU
personnes » et de son « intolérance pour les principes » . Mais quoi de plus vague? où la considération des principes commencerait-elle à l'emporter sur celle de l'individu pour amener une condamnation, une proscription? Parmi les royalistes de 1795, il en était peu qui n'eussent pris quelque part à la Révolution. On avait bien parlé d'une amnistie générale dont on n'excepterait que les régicides. Mais qu'était-ce au juste que les régicides? qu'entendrait-on exactement sous le ne un d'amnistie? Le désir de changement devait être bien vif chez les royalistes de l'Est pour qu'ils ne s'arrêtassent pas à des considérations aussi capitales, et que Wickham pût écrire : Tout est prêt pour le jour où un secours armé se présentera ; les officiers de la garde nationale serviront d'intermédiaires entre le peuple et les chefs du mouvement; dans le Jura enfin, les prêtres n'ont qu'un mot à dire '. En même temps, par l'entremise de Condé et de Bourmont, Wickham entrait en relation avec les chouans : il leur envoya d'abord trois cents louis, promettant des secours ultérieurs si l'on réussissait à établir une correspondance avec Lyon.
Mais, dans la même dépêche, Wickham donnait quelques nouvelles inquiétantes : tout pouvait être compromis d'un instant à l'autre. Les forces autrichiennes lui paraissent insuffisantes et irrésolues du côté de Huningue; on prête aux Français l'intention dépasser le Rhin; il est vrai que les agents royalistes exécutent ouvertement leur mission sur la frontière française; mais quel avantage y trouver a-t-on sans l'appui d'une armée étrangère? En Savoie, sur le point important, tout traîne en longueur :
« Je regrette de voir que les opérations du général Devins dans le Midi vont encore être probablement retardées. Si son entréprise contre la Savoie est ajournée beaucoup plus longtemps, les Autrichiens devront renforcer le prince de Condé de façon à lui permettre de descendre sur Lyon dès son entrée en Franche-Comté. Je considère ce mouvement comme absolument nécessaire pour
1 Wickham à lord Grenville, 27 juin 1795.
donner confiance aux royalistes, car ce sera le moyen de leur faire voir que l'on fait réellement un grand effort pour les appuyer4... »
Le colonel Crawfurd venait de conclure un arrangement avec Condé, d'arrêter un plan de campagne avec Clerfayt :
u Si ce plan est suivi avec fermeté et vigueur, écrivait Grenville8, il semble satisfaire à tout ce que l'on pouvait désirer; mais j'ai encore de vives appréhensions que l'ennemi ne trouve le moyen de détourner vers quelque autre côté l'attention de M. de Clerfayt... Il est néanmoins essentiel que rien ne soit négligé de notre part qui puisse faciliter l'exécution de ce plan. »
Le débarquement de Quiberon avait eu lieu : il fallait que Clerfayt empêchât l'armée du Rhin de se porter vers l'ouest. Mais, au moment où l'expédition projetée acquérait ainsi une nouvelle importance, un incident, en apparence secondaire, vint affaiblir les espérances de Wickham : le prince de Condé refusa décrire aux Lyonnais une lettre d'encouragemer.t avant d'avoir d'abord reçu une lettre deux. Wickham racontait et appréciait ce fait avec un sentiment très-vif des inconvénients qu'il allait occasionner, et des tendances qu'il dénotait dans l'entourage du prince :
« Le colonel Crawfurd vous aura informé du résultat de la visite de Bayard à Mtillheim, et du refus du prince de Condé d'écrire une lettre d'encouragement soit aux chefs de la garde nationale de Lyon, soit aux administrateurs du Jura, tant qu'ils ne lui auront pas écrit les premiers.
«Je comprends très-bien les sentiments du prince, et je n'entends nullement prendre sur moi de blâmer sa conduite dans cette occasion, mais il est malheureux que Son Altesse Sérénissime ne se soit pas laissé persuader d'agir autrement.
« On perdra un temps précieux. Dans l'intervalle, l'ennemi adoptera en principe la mesure même que j'aurais recommandée au prince... La Convention, comprenant le danger qu'elle court, est maintenant disposée à accepter les services de n'importequel parti, les royalistes purs exceptés. — En outre, je doute fort qu'aucune
1 Wickham à lord Grenville, 27 juin 1793. — Reçu à Londres le 24 juillet. a G juillet 1795.