‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 33 sur 156 · CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANV1ER · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANV1ER

Savoie, le passage des montagnes étant difficile vers la niiseptemhre :

«...Le chevalier d'Artès est arrivé hier avec votre lettre... Bien avant que l'expédition sur la côte de France fût entreprise, mon but principal était de pousser cette cour à quelque vigoureuse tentative du côté de la haute Alsace; la nouvelle du débarquement et la nécessité d'une diversion puissante m'ont donné de nouveaux arguments pour réclamer l'exécution des promesses qui m'ont été données il y a longtemps. La tentative, j'en ai confiance, va être faite immédiatement. Le général Bellegarde, qui vous porte une lettre de moi, part ce soir avec les ordres de l'Empereur pour les dispositions à prendre.

« ...On n'a pas l'intention de faire avancer sur-le-champ l'armée du prince; sur ce point, le ministère a longtemps Dû la même opinion que le colonel Crawfurd vous a exprimée, et vous sentirez que votre lettre du 10 juillet à lord Grenville ne me permet pas de détruire les préventions sur lesquelles elle est fondée. Son armée est considérée comme trop faible pour agir par elle-même, et elle ne serait pas suffisamment renforcée avec trois régiments de cavalerie, comptant en tout douze cents hommes, et par quelques corps hongrois, si l'on pouvait amener cette cour à les accorder. Si, comme vous le dites, les personnes de poids, restées dans les provinces de France qui sont à votre proximité, craignent le retour des émigrés autant que la résurrection du pouvoir des jacobins, aucune insurrection n'est à espérer; l'armée serait vouée à une destruction immédiate, et nos espérances de ce côté s'évanouiraient. Tout ceci est parfaitement connu des ministres, et, par conséquent, toute tentative pour les amener à confier l'expédition au prince de Gondé serait infructueuse; je ne puis, conformément à mes instructions, et particulièrement après l'impression que m'ont produite vos lettres, proposer cette combinaison tant qu'il y a espoir de voir les Autrichiens prendre l'offensive. Ils s'en tiennent à promettre que , lorsque l'armée impériale sera suffisamment avancée pour rendre la chose opportune et praticable, le prince sera employé avec tel renfort que le permettront les circonstances, et avec pleins pouvoirs pour agir suivant les exigences du moment '... »

1 Sir Morton Eden à YVickham, Vienne, 30 juillet 1795.

Wiekham se sentit blessé au vif par les termes de cette dépêche : il est toujours pénible de se voir accusé d'avoir soimême compromis, ne fût-ce que par quelque excès de plume, la cause que Ton chérit. Il écrivit à sir Morton Eden, cherchant à se justifier et affirmant la possibilité d'établir l'accord entre les princes et les royalistes restés en France, tous plus ou moins compromis dans l'œuvre de la Révolution :

« La conviction intime que j'ai de l'importance de la campagne actuelle et de la mesure à prendre, de la nécessité qu'il y a d'éviter tous les obstacles qui peuvent s'opposer à son entière exécution, m'a seule amené à exprimer mes plaintes en termes aussi forts, parce que je sentais et je savais qu'il y avait, beaucoup de personnes prêtes à exploiter déloyalement la conduite dont je me plaignais et à présenter à la cour de A'ienne, comme un mal irréparable, ce dont j'espérais fermement venir à bout...

« Il est vrai que j'ai dit expressément que le retour des émigrés était craint par beaucoup des personnes dirigeantes restées en Franche-Comté, autant que celui des jacobins.

« Mais cette expression aurait dû être suivie de deux réflexions, que j'aurais certainement faites si j'avais pu penser qu'il fût possible de rejeter à ce point le prince de Condé à l'arrière-plan. La première est que toutes les personnes dirigeantes qui sont actuellement dans l'intérieur sont nécessairement celles qui ont plus ou moins contribué à la révolution ou joué un rôle dans quelqu'une de ses phases, et qu'aucunes relations ne se sont encore établies entre ces personnes et leurs princes touchant les intentions et l'attitude future de ces derniers... La seconde, que le grand but pour lequel j'ai si longtemps travaillé, et qui m'a rendu si particulièrement anxieux de m'assurer entre autres les services de M. de Monciel, est l'établissement de ces relations sur une base convenable; ce qui, j'en suis parfaitement sûr, aurait pour effet immédiat d'atténuer toutes les préventions et les méfiances, et répandrait sans retard une réelle confiance '... »

Et Wiekham citait un personnage de Lyon qui avait consenti à écrire à Condé, ce prince s'étant refusé à engager la

1 Wiekham à sirMoilon Eden, Mullheîm, 6 août 17(j.">.

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