‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 34 sur 156 · CHAPITRE III. — JUILLET llfl.VJ AN VIEB · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUILLET llfl.VJ AN VIEB

correspondance. Le peuple avait pour Condé le plus grand respect, tandis que les Autrichiens en Alsace, les Anglais on Provence étaient universellement détestés. Il était donc indispensable de produire Coudé. Enfin, si l'Autriche abandonnait l'idée d'aller en Savoie, toute espérance d'appuyer les royalistes était détruite, car les Piémontais, que 1 on pensait à faire agir seuls, étaient notoirement insuffisants.

Wickham avait raison; s'il n'avait pas assez développé sa pensée dans sa dépêche du 10 juillet, si, sous le coup d'un ressentiment très-explicable, il avait exposé la situation sous des couleurs un peu vives, il n'en est pas moins vrai que toute personne voulant voir clair pouvait démêler dans sa lettre l'exacte vérité. Les relations de l'Autriche avec les émigrés duraient depuis assez de temps pour qu'elle sût exactement à quoi s'en tenir sur leur valeur et leurs exagérations. Si elle •alléguait que l'armée de Condé était trop faible pour opérer seule en Franche-Comté, elle le savait depuis plusieurs mois et n'avait nul besoin d'entretenir le doute sur ses intentions à cet égard. A dire vrai, elle saisissait la première occasion pour mettre Condé et tous les royalistes à l'écart; la meilleure preuve en est dans ce qu'elle renonçait aussi à Vidée seule d une expédition en Savoie , ce qui ne pouvait guère s'expliquer par le même motif, c'est-à-dire par l'insuffisance de l'armée de Condé. Quant à prétexter que le retour des émigrés n'était pas toujours attendu avec faveur en France, il y avait trois ans que l'Autriche devait s'en douter.

Lorsque Wickham reçut la dépèche de sir Morton Eden, il venait de prendre avec Condé ses derniers arrangements pour soutenir les royalistes du Forez et de la Franche-Comté : au premier signal, ceux-ci devaient tomber sur Saint-Etienne, et y piller la manufacture d'armes. Précy prendrait alors le commandement et serait bientôt rejoint par le duc d'Enghien. En attendant, Lyon se tiendrait tranquille et simulerait une soumission au Comité de Salut public, pour amener celui-ci à établir dans la ville des dépôts de munitions qui seraient une ressource

précieuse au jour du soulèvement. Cette attitude toute préparatoire se prolongerait jusqu'à ce que le général Devins eût forcé Kellermann à la retraite ; Lvon fermerait alors ses portes, et le sort du midi de la France serait décidé1.

Ce plan offrait encore quelques chances de réussite, mais à la condition qu'une armée autrichienne au moins entrât en France. C'est donc de ce côté que devaient se tourner tous les efforts de Wickham. II alla voir le général Bellegarde pour ohtenir de lui une prompte invasion de la France. Il n'eut guère lieu d'être satisfait de cette entrevue :

« J'ai eu le vif regret de constater qu'il n'a aucun pouvoir pour prendre une résolution, ni même pour encourager l'action dans un sens quelconque, mais que tout sera probablement décidé à Vienne, ou parle général Wurmser à son arrivée ici, bien après mon départ, par conséquent2. »

Soulever les provinces de l'Est était aisé, mais ne présentait aucune utilité dans ces conditions; la chouannerie ne réussirait pas en Franche-Comté parce que la Révolution y avait eu beaucoup d'adhérents, que certains districts étaient encore fort excités contre la féodalité ; on ne devait donc pas songer à y établir un svstème reposant sur la connexion naturelle entre le propriétaire et le fermier, entre le seigneur et ses pavsans. Pour rassembler et armer les royalistes, l'occupation du pavs par une armée étrangère était nécessaire. Comparée aux promesses faites par Wickham, l'inaction des Autrichiens avait les plus mauvais effets; Barthélémy exploitait cette situalion pour montrer le peu de confiance qu'il fallait accorder aux alliés.

licllegarde confirma à Wickham ce que sir Morton Eden lui avait mandé des plans de l'Autriche relativement à Condé ; l'agent anglais le pria d'autoriser ce prince à occuper les villes au nom de Louis XVIII et d'amener la cour de Vienne,

1 Wickham à lord Grenville, 3 août 1795.

• Wickam a sir Morton Eden, Miillbeim, 8 août 17'J.~>.

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