‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 35 sur 156 · CHAPITRE III. —JUILLET 1795-JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. —JUILLET 1795-JANVIER

au cas où elle renoncerait à l'expédition de Savoie, à faire au moins une puissante diversion dans le Midi. Il appela également l'attention du général autrichien sur limportance qu'il y avait à couper les communications de Paris avec la Suisse, disant que, si cela eût été fait un mois plus tôt, on n'aurait pas entendu parler de la paix conclue par l'Espagne. Mais l'accueil fait à ses invites ne lui laissa que peu d'espoir, et lui fit concevoir les plus sérieux soupçons sur la fidélité de la cour de Vienne : elle entendait borner ses efforts aux sièges de Huningue et de Neuf-Brisach ; quant à Condé, on l'enverrait en Italie servir avec Devins; les royalistes étaient abandonnés :

«Le général Bellegarde m'a dit que, quels que fussent les ordres envoyés de Vienne, il avait été jusque-là moralement impossible au général Clerfayt de prendre l'offensive.

«Je me suis souvent risqué, quoique avec beaucoup de défiance, à communiquer à Votre Seigneurie mes soupçons sur la cour de Vienne. Je ne puis que les considérer comme absolument confirmés, tant par cette conduite que par l'inaction extraordinaire et injustifiable du général Devins, qui vient de rester en armes tout un mois sans essayer la moindre attaque contre l'ennemi; je pourrais ajouter aussi par la très-curieuse réponse de l'Empereur au conclusion de la diète.

«Je ne veux pas accuser par là ses ministres de vouloir directement trahir Sa Majesté, mais bien d'être incertains et timides au plus haut degré dans leurs conseils, et de faire des promesses répétées qu'ils savent ne pouvoir ni ne vouloir tenir.

«J'entends que, dès le début de la négociation prussienne, ils n'ont jamais songé sérieusement à attaquer les Français sur le Rhin et qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'engager la grande armée.

« Pour former mon opinion sur ce point, je me suis fondé, outre mes observations personnelles, sur les deux considérations suivantes, que j'ai souvent eu l'honneur de soumettre à l'attention de Votre Seigneurie :

« 1° L'entière sécurité du gouvernement français, qui, s'il se défiait réellement des Autrichiens ou soupçonnait le moins du monde

que leurs prétentions fussent sérieuses, n'aurait jamais laissé la Savoie et la Franche-Comté sans défense, comme elles le sont maintenant;

«2° Ce fait que les personnes les plus intelligentes clans les divers gouvernements de la Suisse, toujours bien informées sur ce qui les touche de si près, étaient très-décidément de cette opinion et y conformaient leur conduite.

« Quant à l'attaque à laquelle on songe maintenant, je suis persuadé que ce n'est qu'une expérience et que, pour cette raison, elle n'aura aucun effet utile '... n

Wickham avait 1 occasion de lire une correspondance privée et très-confidentielle de Barthélémy; après avoir traité la cour de Vienne d astucieuse et de perfide, l'ambassadeur français avait changé de ton et en parlait maintenant « avec un certain respect; il montre l'Empereur dupe des cours de Londres et de Saint-Pétersbourg. Je ne doute pas que ce ne soit là le préliminaire de quelque offre secrète de négocier, ou que l'on n'ait déjà insinué la chose et quelle n'ait pas été absolument rejetée 2. » Et cependant que ne devait-on pas attendre du passage du Rhin par 70,000 ou 80,000 Autrichiens ! Au moins pouvait-on se féliciter de n'avoir pas compromis Lvon sur la foi de quelques paroles échappées à Devins3.

Mais si Wickham se voyait ainsi amené à renoncer à tout espoir d'opérations actives immédiates , il se ménageait pour l'avenir de nouvelles ressources : le 14 août, eut lieu la première entrevue de Fauche-Borel avec Pichegru. Wickham fournissait les fonds destinés à corrompre le général républicain*. D'autre part, Drake, agent anglais à Gènes, conférait avec Devins, non sur la date de l'expédition en Savoie, mais simplement sur la possibilité de cette expédition. Malgré ses

' Wickham à lord Grenville. MLûllheim, 12 août 1795. — Reçu à Londres le 29 août.

- Wickham à sir Morton Eden, 8 août 1795.

3 Wickham à lord Grenville, 12 août 1795.

1 R, DE UOHTGAILLABD, Mémoire concernant la trahison de Pichegru, p. 14. Paris, an XII.

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