‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 36 sur 156 · CHAPITRE III. —JUILLET I795-JANVIEH 1796. 6r · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. —JUILLET I795-JANVIEH 1796. 6r

déclarations antérieures, Devins n'était pas encore rallié à cette idée; Drake voulait essayer de le convaincre, mais il partait pour cette entrevue sans beaucoup d'enthousiasme ni de confiance, car c'était seulement à Vienne que l'on pouvait obtenir une solution :

« ...Je dois vous avertir... qu'aucune décision définitive ne peut être prise ici. Tout ce que nous pourrons, c'est de discuter si la chose est faisable; et vous pouvez être assuré que, quels que puissent être les opinions ou les désirs du général Devins, il ne saurait avancer d'un pas, faire mouvoir un soldat de la rivière de Gênes sans des ordres positifs de Vienne, quoique M. de Thugut ait pu dire que le général a carie blanche pour agir comme il lui plaît. Je désire établir ce fait dans les termes les plus clairs, parce qu'une assez, longue expérience m'a appris que, lorsque la cour de Vienne ne veut pas agir, elle nous ballotte (bandj) en avant et en arrière, de Vienne au général et du général à Vienne. C'est donc à Vienne que votre plan doit être discuté, et c'est là seulement qu'on peut prendre une décision...

<i ...Devins y voit beaucoup d'obstacles politiques et militaires... Je vous le dis pour que vous soyez préparé à ma prochaine lettre, qui, je le crains, détruira tout votre espoir de coopération en Savoie'... »

Ces appréhensions n'étaient que trop justifiées. Quelques jours plus tard, sir Morton Eden eut un entretien avec le baron de Thugut, qui, sous un apparent désir de voir aboutir les efforts des royalistes, lui cacha mal sa ferme intention de ne rien faire pour eux; sir Morton Eden croyait même utile d'inviter Wickham à se rendre à Vienne pour épuiser toutes les chances de succès; mais on refusait d'envoyer Condé en Franche-Comté, et quant à Devins, on l'invitait à reconquérir Nice ; tout au plus empécherait-il Kellermann de morceler son armée pour en envoyer une partie sur Lyon'.

Si l'Autriche renonçait à l'action, il en était de même des royalistes : les chefs du parti les mieux disposés en faveur de

1 Drake à Wickham, Gènes, 16 août 1795. 5 Voir aux Pièces justificatives, D.

la restauration étaient maintenant enclins à s'opposer à toute tentative d'insurrection en Franche-Comte', parce qu'ils étaient persuadés que le mouvement ne serait pas sérieusement soutenu1. A Paris, on consentait encore à faire quelque chose, mais à condition que les princes ni les émigrés n'en sauraient rien : de même à Lyon et en Franche-Comté :

« Quelques personnes qui sont maintenant à la tête des sections de Paris ont écrit à leurs amis de ce pays pour leur dire qu'elles réussiront sans aucun doute à rétablir la monarchie, pourvu qu'on les abandonne à elles-mêmes. Elles disent qu'elles sont déterminées à n'avoir aucune communication directe ou indirecte avec les émigrés et les princes, étant convaincues qu'il n'y a aucun fondement à faire sur leur discrétion.

«Ces lettres viennent de personnes qui sont en rapport avec le parti constitutionnel, mais elles sont complètement d'accord avec ce que j'ai appris récemment des habitants de Lyon et de la Franche-Comté... Je répète à Votre Seigneurie que, dans la plus grande partie de ces provinces, l'on craint les émigrés presque autant que les terroristes. C'est seulement par la religion, et en ne parlant de la rovauté qu'en termes généraux, que l'on peut faire quelque chose de ce côté2... »

Dans le Jura, rien à faire : le découragement était général. Trevor écrivit de nouveau à Devins pour le presser d'entrer en Savoie. Mais l'époque des opérations offensives était passée : les républicains avaient profité des retards et des hésitations de l'Autriche pour transporter 15,000 hommes du bas Rhin sur le> Alpes. Wickham lui-même fut gagné par le désespoir :

« Tout ce que je vois tend à me convaincre de plus en plus que l'attente des ministres de Sa Majesté de ce côté sera absolument déçue et qu'ils doivent compter principalement, sinon exclusivement, sur leurs propres efforts, leur vigueur et leur sagesse, pour amener une heureuse solution à l'état de choses actuel3. »

1 Wickbam s lord Grenville, 19 août 1795.

- Wi( kfaam l> lord Grenville, 2G août 1795. — Reçu à Londres le 22 septi iiibre.

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