‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 37 sur 156 · CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANVIER 1796. G · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANVIER 1796. G

Et Grenville lui ayant annoncé de nouvelles tentatives pour soutenir les Vendéens, en exprimant son désir de savoir « dans quelle mesure on pouvait compter sur la diversion sur le Rhin, si longtemps et si mal à propos différée ' » , "Wickham lui répondit par ces mots, dont lui-même ne sentait pas encore toute la vérité :

«Tout espoir d'une coopération quelconque avec les royalistes et d'un appui efficace, autre qu'une diversion à leur donner, est maintenant entièrement hors de question.

«Quant à une diversion, quoique j'espère me tromper, je n'éprouve aucun scrupule à dire que je suis persuadé pour ma part qu'il n'y en aura point.

« ...Je ne crois pas que les Autrichiens osent passer le Rhin en face des forces qui sont maintenant assemblées contre eux2.»

A une action concertée on devait donc se résigner à substituer une action simultanée ; à un plan dont l'appui mutuel était la base, succédait le dessein d'organiser une série dopérations isolées et indépendantes. Gela même resta un rêve.

Des renforts étaient en effet arrivés aux républicains ; mais, chose curieuse , ce mouvement n'avait commencé que le 20 août, et, dès le 16, les généraux autrichiens prenaient déjà l'alarme. Ils se préparaient au passage du Rhin, mais sans se presser, car depuis plusieurs mois qu'il en était question, ils n'avaient pas encore la grosse artillerie nécessaire; elle ne devait arriver que vers le 16 septembre, trop tard :

« C'est un triste rapport que je dois faire à Votre Seigneurie; il est peu propre à vous encourager à persévérer dans la voie des secours aux royalistes de l'intérieur.

«Mais, après les instructions qui m'ont été envoyées... et l'information que vous avez bien voulu me donner sur les intentions de Sa Majesté relativement à la côte de France, je ne me crois nullement autorisé à suspendre l'exécution des mesures que l'on a déjà adoptées. .. Il m'est impossible de dire quand viendra le moment

1 Lord Grenville à Wickliam, 21 août 1795. * Wickham à lord Grenville, 6 septembre 1795.

où l'insurrection de Lyon éclatera. Des circonstances qu'aucune puissance humaine ne peut prévoir détermineront seules ce moment.

«Un succès marqué en Vendée parait à cette heure le seul événement qui rende cette insurrection désirable, à moins que la coalition ne devienne générale de ce côté du pays, cequi estloind'être improbable et se produirait certainement, selon moi, si les armées ne barraient le passage...

« Je suis revenu ici sur la demande spéciale du colonel Grawfurd et du prince de Gondé. Son Altesse Sérénissime semble entretenir l'espoir que je serai à même d'influencer les opérations des généraux autrichiens; je crains qu'elle ne soit complètement déçue.

« Je l'ai trouvé très-affecté de la situation actuelle, et il n'a pas été en mon pouvoir de lui donner quelque consolation. Je lui ai cependant caché avec soin le contenu de la dépêche de sir Morton Eden '... »

Le 7 septembre cependant, Wickham écrit que les ordres de Vienne sont positifs : on passera le Rhin à tout prix. Il a aussitôt annoncé à Wurmser que, si Ion conduit Condé à Lyon ou à Besançon et qu'on lui laisse 15,000 hommes, l'Angleterre prendra ceux-ci à sa solde.

La situation semblait donc subir une légère amélioration : sans doute on était loin des vastes conceptions de Wickham, au commencement de la campagne; mais, si restreinte qu'elle fût, l'opération promise par l'Autriche présentait encore une grande utilité. On sait d'ailleurs combien Wickham était apte à mettre à profit les circonstances les moins favorables en apparence, et à rebondir sur lui-même pour un nouveau combat, sitôt qu'un échec paraissait l'avoir mis à terre.

A Londres, où l'on ne voyait les choses que de très-loin, on ne jugeait des intentions de l'Autriche que par les événements saillants auxquels elle avait été mêlée, sans toujours saisir le côté faible de ses ministres; on en venait aisément à trouver que,

1 Wickham à lord Gi enville, Miillheim, G septembre 1795. — Reçu à Lundi e-. Ii- 22 septembre.

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