‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 39 sur 156 · CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANV1ER · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANV1ER

débarque mo ut sur les côtes du Poitou ou pour résister aux mouvements des patriotes, qui portent sur eux des forces considérables. Un avis que Cbarette fait passer à Stofllet me fait craindre que la descente ne s'effectue pas cette année. 17 a reçu, dit-il, deux envoyés de la Grande-Bretagne pour l'avertir de n'y plus compter dans une saison où l'e'quinoxe rend ta navigation dangereuse dans la Manche. Ceci, Monseigneur, est pour Votre Altesse; mais qu'il me soit permis de lui parler avec la franchise et la loyauté dont j'ai toujours fait profession : si véritablement la descente ne s'effectuait pas, j'aurais depuis deux mois trompé en votre nom tous vos amis, tous ceux du Roi; si elle ne s'effectuait pas, toutes les forces des régicides se porteraient cet hiver sur ces malheureuses contrées qui, depuis trois ans, soutiennent par leur seule force le parti royaliste en France. J'ose assurer à Votre Altesse, j'ose jurer au Roi, au nom de ces braves Vendéens dont j'ai l'honneur d'être le compatriote, que nous nous enterrerons tous jusqu'au dernier sous les débris du trône et de l'autel. Je suis certain que les chouans ont prononcé le même serment; mais nous périrons les uns et les autres, victimes inutiles de la cause de Dieu et du Roi, si personne ne nous seconde.

«Monseigneur, il n'est point d'équinoxe, point de vents sur le Rhin, et j'ose assurer Votre Altesse que si elle pénètre avec son armée jusqu'à Màcon ou Roanne , la France entière est à ses pieds, et qu'à l'instant les Bourbons remonteront sur le trône, où les appelle le vœu de la plus grande partie des Français, qui n'attendent pour se prononcer que la présence et l'appui d'un prince de votre maison *... »

Cela était plus facile à dire qu'à faire , car le mauvais vouloir de l'Autriche formait obstacle à tout plan sérieux. Tliugut venait, à la vérité, d'affirmer au bailli de Crussol, envoyé par Louis XVIII, que sa cour continuerait la guerre, mais la phraséologie diplomatique avait perdu de son ancienne autorité :

« Comme d'autres puissances ont montré peu de scrupules à violer leurs engagements presque au moment même où elles promettaient de les tenir, on n'attache pas grande importance à ces dé-

1 26 septembre 1795; envoyé par Wickham à lord Grenville le 23 novembre.

clarations. Bien plus, on les considère quelquefois comme des symptômes de défection prochaine '.»

Soudain les Français, devançant les Autrichiens, traversèrent le Rhin et firent irruption dans les provinces allemandes. L'action de Wickham fut momentanément suspendue jusqu'à ce qu'on eût pu juger des conséquences de cet événement. Grenville lui recommanda plus de prudence, « les probabilités d'un secours venant de l'extérieur... étant diminuées ' » .

La situation semblait plus mauvaise que jamais. Lorsque Ton avait renoncé à tout projet d'opérations militaires en Savoie, une seule ressource était restée, pour pousser les Lyonnais à 1 action : on leur avait promis que Condé passerait le Rhin et tenterait de venir à leur aide à travers la Franche-Comté, s'ils prenaient les armes sans retard, comme Imbert-Golomès, l'un des chefs royalistes de Lvon, s'v était engagé. Le passage du Rhin par les Français mit fin à toutes ces espérances : Imbert écrivit à Wickham qu'on ne pouvait rien attendre de Lvon'. Peu après, M. de Tessonnet, un autre Lyonnais, vint trouver Wickham et confirmer ces nouvelles désespérantes : leurs amis les plus dévoués les abandonnaient, convaincus que l'entreprise serait de toute impossibilité désormais, à moins de quelque événement extraordinaire.

Dans ces conditions, il eût été naturel de renoncer franchement à toute entreprise; mais Tessonnet lui-même fournit un prétexte pour recommencer de nouvelles négociations, de nouveaux efforts : il laissa entrevoir la possibilité de gagner le général Kellermann qui commandait alors l'armée républicaine d'Italie. Wickham vit là une raison suffisante pour construire de toutes pièces en quelques jours nn plan d'action. Il eut plusieurs entrevues avec Condé et le comte d'Avaray,

1 Lord Macartney à lord Grenville, 28 septembre 1795.

' 6 octobre 1795.

'■' Wickham .'i lord Grenville, 11 octobre 1795.

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