CHAPITRE III. —JUILLET 1795-JANVIEfl
chargé par Louis XVIII d'une mission spéciale à Mullheim. On résolut de renvoyer Tessonnet à Lvon pour y préparer une insurrection qui éclaterait dans l'un des quatre cas suivants : une victoire signalée en Vendée; la défaite des républicains en Allemagne; le soulèvement de la Franclie-Gomlé ; l'organisation à Paris ou dans ses environs d une opposition à la Convention. Et alors, de deux choses l'une : ou l'armée de kellermann passerait aux royalistes, ou Lyon serait forcé d'envoyer une armée au secours de Gondé entrant en Franche-Comté. Wickham s'était engagé à prendre quinze mille hommes à la solde anglaise calculée d'après le traitement accordé aux troupes de Condé; s'il s'agissait de Kellermann, ce régime durerait deux mois; s'il s'agissait d'un détachement de Lvonnais, il durerait jusqu à la jonction avec Condé. Wickham considérait en effet avec raison que Kellermann ne se laisserait gagner que si les provinces du Midi se prononçaient en faveur de la royauté, et dès lors les provinces pourraient en peu de temps lever les fonds nécessaires à l'entretien des troupes. Quant aux Lyonnais, il pensait que Condé, d'accord avec le cabinet de Londres, en garderait sans doute une partie avec lui.
Ce plan était sans contredit l'un des mieux préparés, l'un des plus complets qu'eût faits Wickham. Il offrait sur les précédents ce grand avantage de ne reposer que sur des choses possibles; il permettait de donner aux Lyonnais le signal de la lutte sans avoir trop à compter sur l'intervention si douteuse des armées étrangères : c'était de mouvements intérieurs bien coordonnés que 1 on attendait le succès, et non plus de la diplomatie. Mais Wickham était trop habitué à l'échec de ses combinaisons pour se faire trop grande illusion sur le sortde son nouveau projet. En terminant 1 exposé de la situation, il s exprimait en termes un peu tristes :
«Votre Seigneurie peut maintenant se faire une idée de la possibilité d'une explosion dans ces parages. Raisonnablement on peut
s'y attendre chaque jour -, mais je crains que la probabilité ne soit plutôt contre nous1. »
A cela plusieurs raisons : s'il était vrai que le peuple se désaffectionnait de la Convention, il était non moins vrai que les armées républicaines, presque toujours victorieuses, imposaient un certain respect; les mécontents étaient d'ailleurs fort divisés, et cela pouvait ôler toute efficacité à un mouvement insurrectionnel. Malgré tout, et jusqu'à instructions contraires, AYickham entendait poursuivre ses efforts dans le même sens ; si l'argent dépensé n'avait point d'effet, au moins on n'aurait rien à se reprocher. Quanta la Franche-Comté, elle était identiquement dans la même situation que Lvon, mais avec une difficulté de plus : l'autorité dont y jouissaient les constitutionnels.
Il faut croire cependant que ce danger n'était pas bien redoutable, car en même temps qu il le signalait et qu'il accueillait en Suisse Duverne de Presle, le représentant de l'agence ultra de Paris, Wickham subventionnait à Paris un comité constitutionnel en relation avec des députés et des sec- ' tions. La dernière victoire delà Convention, au 13 vendémiaire, ne l'effrayait guère; il était convaincu que cette victoire serait la cause même de la chute du pouvoir conventionnel :
« ...Il semble qu'il n'y ait pas de doute que quelques semaines de plus eussent mûri les choses au point que la Convention fût tombée, et je ne puis m'empêcher d'espérer que les graines de la révolte sont si disséminées et que son objet est maintenant si clair, si déterminé, qu'elle deviendra bientôt assez formidable pour faire tête à la Convention avec efficacité, sinon à Paris, au moins dans les provinces qui séparent celte ville de la Vendée2... »
Pichegru continuait à faire preuve de bonnes dispositions3; le 13 vendémiaire lavait un peu effrayé, car Paris était l'un
1 Wickham à lord Gren ville, 11 octobre 1795.
- W ickliam à lord Gren ville, 12 octobre 1793. ~-lleçu à Londres le 12 novembre.
3 Wickham à lord Grenville, 20 octobre 1795.