‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 4 sur 156 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origines de la mission deWickham à Berne. — Ses instructions. — Ses premiers rapports et sa rupture avec le parti constitutionnel.

(Octobre 1794 -mars 1795.)

Lorsque la guerre e'clata en 1703 entre la France et l'Angleterre, le gouvernement britannique était représenté en Suisse par lord Fitzgerald. Bien qu'un certain nombre d'émigrés se fussent réfugiés sur le territoire de la république helvétique, la Grande-Bretagne ne songeait pas encore à utiliser leurs moyens d'action; et lord Fitzgerald n'avait peutêtre pas assez d'initiative pour ouvrir avec eux des relations sérieuses en l'absence d'instructions de son gouvernement. La réserve du cabinet de Londres était d'ailleurs fort naturelle : elle s'expliquait par des motifs tirés soit des besoins généraux de sa politique, soit du caractère particulier des principaux émigrés réfugiés en Suisse. Ceux-ci appartenaient en effet pour la plupart à une opinion plus modé-

rée, plus pratique et plus constitutionnelle que les chefs de l'émigration, et les hommes de ce parti inspiraient de grandes défiances à Monsieur, au comte d'Artois et à leur entourage ; le gouvernement anglais s'était laissé influencer par ces défiances peu cachées : les Anglais ont longtemps pensé qu'eux seuls étaient dignes d'institutions libérales et constitutionnelles, que seuls aussi ils sont capables de les supporter. Mais un motif plus puissant, plus intéressé imposait, à Pitt une grande prudence dans ses rapports avec les émigrés : si, par impossible, la Révolution triomphait de la coalition, il fallait conserver une certaine liberté d'allures pour pouvoir sacrifier au besoin les rovalistes et faire la paix; si, au contraire, l'hypothèse la plus probable se réalisait, celle d'une victoire de la coalition et du rétablissement de la monarchie en France , il fallait être assez libre d'engagements pour pouvoir exiger du Roi quelques cessions territoriales et des indemnités pour les alliés de la Grande-Rretagne. Cette double nécessité de la politique anglaise ne cessa de se manifester jusqu'à la conclusion de la paix d'Amiens; plus tard, l'Angleterre dut, après les défaites des alliés, plier devant une nécessité plus haute, celle de réunir contre la France toutes les forces disponibles, d'où qu'elles vinssent et quel que fût le prix de leur concours; mais alors même on sentait encore de la gène et de la réserve dans la générosité du cabinet de Saint-James.

A Rerne comme à Londres, les mémoires, les notes, les plans de campagne, les projets d'insurrection affluaient chez, le ministre anglais : les émigrés s'en montraient prodigues, espérant obtenir par là des secours. De temps à autre, lord Fitzgerald, par acquit de conscience, en transmettait quelquesuns à son gouvernement : c'est ainsi qu'en septembre 1794, il adressa à Pitt et à lord Grenvillc deux mémoires qu'il tenait de Mallet du Pan et de Mounier.

Ce n'était pas la première fois que Mallet du Pan se mettait en rapport avec le gouvernement anglais; il lui avait déjà fait connaître à plusieurs reprises son sentiment sur la tournure

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