‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 41 sur 156 · CHAPITRE 111. — JUILLET 1795-JANVIEB n · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. — JUILLET 1795-JANVIEB n

des principaux instruments de son plan de restauration monarchique. Mais le moindre événement pouvait le déterminer à proclamer la royauté. Aussi est-ce en style presque télégraphique «pu1 Wickham transmit à son gouvernement la nouvelle des opérations militaires accomplies dans la dernière semaine d'octobre :

« A la suite des succès des Autrichiens, Lvon est sur le point de se déclarer. J'ai envoyé chercher M. de Précy. Une grande somme d'argent, s'élevant à trente ou quarante mille livres sterling, sera immédiatement nécessaire. Pichegru continue à donner des assurances de ses bonnes intentions. Charette et Stofflet s'entendent mal, et leur situation est très-alarmante1... »

Les succès des Autrichiens à Mônchberg et à Mannheim ne rendaient pas la défection de Kellermann moins nécessaire à la cause royaliste : on ne crovait guère en effet que l'armée autrichienne saurait mettre ses victoires à profit. Cependant ces victoires avaient une importance capitale et pouvaient modifier singulièrement les événements, si l'on décidait 1 Autriche à faire plus de cas des rovalistes :

1 Wickham à lord Grenville, 6 novembre 1795. — Il convient de rapporter ici un incident qui, s'il n'avait coïncidé avec des événements aussi graves, -aurait pu prendre des proportions inquiétantes pour la mission anglaise. Depuis que l'Angleterre avait levé en Suisse des régiments de mercenaires,! ambassade de France disait ouvertement que le gouvernement anglais s'était trop •compromis pour ne pas recevoir un affront. Barthélémy n'avait cessé d'observer les agissements de Wickham et avait remarqué ses relations continues avec d'Artès, qu'il vit voyager à Turin, à Vienne, pour le compte de Wickham sans doute. D'Artès était un émigré; il avait servi dans un régiment à la solde anglaise : sa présence en territoire neutre ne s'expliquait que par ■des visées hostiles. Barthélémy demanda aux cantons l'expulsion du chevalier d'Artès. Wickham, vivement irrité de se voir privé d'un agent qui lui avait été utile, qu'il crovait honnête et qui représentait les princes auprès de lui, fit tous ses efforts pour empêcher l'expulsion ; il alla même jusqu'à oublier ses instructions, car il fit reconnaître d'Artès comme son agent, se fiant simplement à l'assurance qu'on lui avait donnée que cela créerait nécessairement à d'Artès un titre à la protection des autorités helvétiques. Maigre cela, d'Artès fut l'objet d'un arrêté d'expulsion : la mesure, qui n'eût été qu'un simple désagrément pour Wickham s'il eût suivi ses instructions, était devenue par sa faute une véritable insulte à son gouvernement.

<;...Les rapides succès des Autrichiens sur le Rhin vont, je l'espère, empêcher en Angleterre, à l'ouverture du Parlement, les résolutions précipitées auxquelles nos échecs et nos malheurs récents

sur bien des points auraient pu conduire Les Autrichiens sont

trop attachés aux maximes et aux règles de l'ancien art militaire pour hasarder une entreprise sérieuse sur la rive française du Rhin à cette époque de l'année; à moins qu'une intelligence établie avec quelqu'un des généraux ennemis ne rende certain le succès d'une opération de ce genre.

« J'ai eu de fréquentes occasions d'observer, dans mes conversations avec le général Devins, que le roi de France et le parti rovalisle ne figurent pas du tout dans leurs plans; et, tant que des différences aussi accusées subsisteront entre nos systèmes, nous ne devons pas nous attendre à la concordance désirable entre les mouvements de l'intérieur et les opérations des alliés1... »

La nécessité de s'assurer le concours de Kellermann n'en était donc que plus grande; depuis ses défaites, ce général était mal vu de son gouvernement et de ses troupes; cela encouragerait les Autrichiens et calmerait les appréhensions des royalistes. Quant à Devins, il n'y avait pas à espérer qu'il prendrait l'offensive; heureux s'il battait les Français dans l'attaque que ceux-ci préparaient5.

Sur le Rhin, la campagne prenait la tournure la plus favorable. Condé était en relations actives avec Pichegru; la cour de Vienne avait été prévenue, car sans elle on ne pouvait rien: elle autorisa Wûrmser à suivre la négociation; on espérait qu'Muningue serait livré3. Le 6 novembre enfin, Condé annonce qu'il a reçu dans la nuit Tordre de passer le Rhin, et il prie Wickham de faire éclater l'insurrection lyonnaise au premier jour, soit du 8 au 15 décembre. Toutefois il manque des choses indispensables : Imbert réunira trente-cinq à quarante mille hommes, mais la plupart sont sans armes; Condé supplie

1 Drake à Trevor, Gênes, 8 novembre 1795.

- Drake à Wickham, 8 novembre 1795.

3 Fauchb-Bobbl, Mémoires, I. p. 288 et suiv.

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