C.HAPITIU. III. — JUILLET I795-JÀNVIEI» lTOti. 8«J
La décision que venait de prendre Wùrmser s'expliquait par les nécessités {générales de son plan de campagne. Il avait, le i novembre, donné à («onde un ordre très-positif de passer le Rhin; à cette époque, il songeait à bloquer Landau, après la lin du siège de Mannheim; dès lors, une diversion dans la haute Alsace était pour lui d'une importante capitale. Peu à peu il renonça à cette idée pour adopter le plan du maréchal Clerfavt : l'armée prendrait ses quartiers d'hiver après la chute de Mannheim et ferait de grands préparatifs pour la campagne suivante. Il en conclut que l'expédition de Condé devenait inutile, dangereuse même, puisqu'elle ne serait pas appuyée.
Lorsqu'il reçut l'ordre de marche qui l'éloignait du champ de bataille si longtemps rêvé, Condé envoya à Wûrmser une longue protestation, dans laquelle, au milieu de quelques sentiments assez noblement exprimés, il semblait anxieux de prévenir les reproches que l'on pourrait lui adresser :
« J'obéis à Votre Excellence, qui est mon chef militaire, et je me mettrai en marche le premier, ainsi qu'elle l'ordonne; mais il est de mon devoir, en lui obéissant, de lui représenter que le parti qu'elle prend de m'en. pêcher de passer le Rhin devant moi est désastreux pour la cause, et va peut-être prolonger la guerre pour un ou deux ans de plus, au lieu de la terminer dansquelques mois. Voire Excellence me dit que l'on ne peut plus se flatter de tirer parti d'un passage dans cette partie ainsi qu'on l'aurait pu il y a quelque temps. Le parti à tirer de ce passage est toujours le même, puisqu'il n'est encore arrivé personne. Si on n'a pas exécuté les ordres de Votre Excellence reçus ici le 5 de ce mois, ce n'est pas que je n'aie fait tout au monde pour hâter cette exécution : la preuve en existe dans la notoriété de mes démarches et dans mes notes au général Mêlas et à Votre Excellence. Il me paraît d'ailleurs qu'elle n'exclut de ce passage que mon corps, puisqu'on en travaille toujours les préparatifs, puisque les paysans sont en réquisition pour les travaux, puisqu'il est notoire qu'il remonte ici beaucoup de troupes. J'espérais avoir assez bien servi la cause avec la noblesse qui m'entoure, pour que Votre Excellence ne voulût pas nous interdire l'honneur de combattre à côté des braves troupes de Sa Majesté Impériale dans le lieu où nous aurions été le plus sûrement et le
plus évidemment utiles. Si Voire Excellence voulait bien se convaincre de l'extrême nécessité qu'il y aurait de nous faire passer ici pour le bien de la cause, pour l'encouragement des provinces bien pensantes, et même pour le plus grand succès de l'armée de Sa Majesté Impériale, je serais prêt à rebrousser chemin, si le passage ici subsiste toujours comme cela est apparent. Le premier projet de Votre Excellence était parfaitement militaire, parfaitement avantageux pour la cause; il est plus que cruel pour la France et pour nous que Votre Excellence ait changé d'avis. Je dépose en ses mains l'expression de notre désespoir et la preuve que c'est avec le regret le plus déchirant que nous abandonnons une expédition qui nous aurait introduits dans des pays où il nous est démontré par toutes les nouvelles de l'intérieur que nous allions être les plus utiles à notre Roi, à la tranquillité de notre patrie et à la cause de tous les souverains, de tous les peuples et de tous les gens honnêtes1. »
Pour songer si vite à prendre sa propre défense, Condé avait sans doute quelque chose à se reprocher : on verra plus loin que les Autrichiens n'hésitèrent pas en effet à le rendre responsable de ce qui était arrivé. Quoi qu'il en soit, ce n'étaient ià que de vaines récriminations ; des soins plus pressants appelaient l'attention des hommes pratiques. Aussi Wickham se contenta-t-il de conseiller à Condé d'user de confiance à légard de la cour de Vienne2. Macartnev donna le même conseil à Vérone, et Ion s'occupa de liquider la situation en prenant des arrangements pour 1 hiver.
Dès le 13 octobre, AVickham, prévovant que la campagne resterait peut-être sans résultat et qu'il n'y aurait point d insurrections à l'intérieur, avait reconnu la nécessité de mettre un terme aux dépenses considérables qu'il faisait pour le compte de son gouvernement. La difficulté grande était de retirer les secours à des personnes qui auraient été très-utiles si le plan avait été mis à exécution; les congédier, c'était se
1 Condé à Wurmser, Mullheim, 21 novembre 17!)."). — Envoyé par Wicfcli un i lord Grenville le lï) décembre. - I!) dé embre 17{.)5.