CHAPITRE III. — JUILLET 1795-JANVIER l"!>fi
montrer injuste, décourager tous leurs correspondants à l'intérieur. Aussi Wickham s était-il résolu à ne faire le nécessaire dans ce sens que le jour où l'on serait vraiment obligé de renoncer à tout plan d'action. Ce jour était maintenant venu, et Ion alla vite en besogne.
Le 10 décembre, toutes les opérations de l'intérieur étaient suspendues, tous les principaux agents retirés, sans qu'aucune arrestation importante eût été faite. Mais, à ce moment, Wickham se heurta à un revirement complet d'opinions chez Précv : quoique disposé à tout différer jusqu'au printemps, si cela était possible, Précy était tellement satisfait de son séjour sur la frontière qu'il croyait pouvoir tenter quelque mouvement surle-champ, au cas où le gouvernement français oserait braver l'opinion publique. Il fit même annoncer à Wickham par Tessonnet qu'il se rendait à Lausanne pour en délibérer1.
Précy s'appuyait sur des arguments assez puissants : Wickham, par exemple, se croyait lui-même autorisé à affirmer que le tiers des officiers français pouvait être gagné d'un instant à l'autre, qu'il ne leur manquerait qu'un chef pour Faction. Imbert constatait partout des dispositions excellentes, malgré les pertes infligées au parti par les évasions que l'arrestation de Bésignan avait rendues nécessaires; il proposait d'agir durant l'hiver pour que les provisions, l'argent et les armes ne fussent pas absorbées par les réquisitions avant le soulèvement. Bien que les petites jalousies entre Imbert et Précy continuassent à se faire jour, l'un et l'autre agiraient de concert dès que le besoin se ferait sentir.
Une étude plus approfondie de la situation et surtout la réserve que Wickham s'était vu contraint d'adopter firent revenir sur ces projets des royalistes. Wickham tint un grand conseil avec Précy, Imbert et Tessonnet. Il y fut décidé :
1* Que rien ne serait fait durant l'hiver, sauf dans le cas d'une dissolution totale des armées républicaines;
1 19 décembre 1795.
2° Que Précv se tiendrait prêt à entrer en France à la fin de mars ou an commencement d'avril, pourvu que l'Autriche n'eût pas alors conclu de traité de paix et qu'il y eût des armes et des munitions;
3° Que, dans l'intervalle, un agent dans chaque district préparerait le terrain, et correspondrait avec un conseil résidant en Suisse et composé d'Imbert, de Précy et d'un ancien officier général ;
-4° Que l'existence du conseil, les noms des agents seraient tenus cachés au prince de Gondé et au roi '.
Wickham cependant n'entendait faire aucune dépense sans ordre positif de Londres.
Wickham prenait donc lui aussi ses quartiers d'hiver après dix mois d'efforts infructueux; mais, avant de se livrer au repos, il lui était encore réservé d'éprouver deux déceptions, l'une sur le compte de son ancien agent d Artès, l'autre sur celui du prince de Condé lui-même. Il apprit que d' Artès avait détourné des correspondances adressées à la légation anglaise, pour les communiquer aux princes français; enfin, malgré ses dénégations formelles, d' Artès avait entretenu des relations actives avec l'agence rovaliste de Paris, et notamment avec Lemaitre, dont tous l'es efforts tendaient à contrecarrer ceux de Wickham *.
Quant à Coudé, on ne l'accusait de rien moins que de s'être refusé à obéir aux ordres de Wûrmser, ce qui avait favorisé outre mesure les intentions hostiles que la cour de Vienne entretenait à son endroit :
u J'envoie ci-inclus à Votre Seigneurie un extrait d'une lettre que j'ai reçue il y a quelques jours d'une personne qui a de fréquentes relations avec l'armée autrichienne.
» Outre la confiance que j'ai dans la véracité de son auteur, le langage attribué au général Wiirmser ine semble très-naturel, tant à cause de ce que j'ai observé moi-même dans mes rapports avec
1 Wickham à lord Grenville, ~> janvier 1T9G.
* Voir les pièces do procès de IJrottier et consorts, publiées à Paris en 1797.