‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 47 sur 156 · CHAPITRE III. — JUILLET n95-JANVIER I79ti · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JUILLET n95-JANVIER I79ti

les généraux autrichiens qu'à cause du ton général de la correspondance entre cet officier et le prince de Gondé, correspondance relative à l'expédition que l'on projetait en Alsace et que j'ai eu lhonneur de communiquer à Votre Seigneurie.

« Le colonel Crawfurd aura sans doute également entretenu Votre Seigneurie des bruits parvenus jusqu'à lui : les généraux autrichiens prétendaient que le prince de Condé n'avait pas osé passer le Rhin.

« Je regrette de devoir ajouter que je viens d'avoir communication d'une lettre privée et très-confidentielle de M. Pelin, dans laquelle toute la politique de la cour de Vienne à l'égard de l'armée du prince de Condé est dévoilée. C'est une réponse à une lettre dans laquelle son correspondant exprimait ses doutes sur l'utilité d'envover le prince de Condé en Alsace à la tête d'une armée, mesure que le parti constitutionnel redoutait infiniment dans le courant de l'été, parce qu'il considérait que cela dérangerait ses intrigues à Paris. Sur ce point, M. Pelin met son correspondant à l'aise, car, dit-il clairement, ce n'a jamais été l'intention de la cour de Vienne de donner aucune importance au prince ou à son armée, et ce ne la sera jamais; heureusement que leur propre imprudence rend inutile toute mesure dans ce sens, parce que les officiers autrichiens sont tellement dégoûtés d'eux qu'ils ne consentiraient jamais à servir sous les ordres du prince ou de ses généraux1. »

Voici maintenant l'extrait de la lettre à laquelle Wiekham fait allusion dans la première partie de cette dépêche3 :

u Je vais bien vous étonner quand je vous apprendrai que toutes les démarches de l'armée de Condé pour passer le Rhin à Huningue n'étaient qu'un jeu. Deux hommes de marque, avec lesquels j'ai eu une conférence, m'ont assuré qu'ils avaient ouï dire à eux de Wùrmser (sic) : «Je ne sais que faire de ces g...x-là. Je leur ai donné « deux fois Tordre de passer, et deux fois ils n'ont pas obéi. Ils ont « répondu que ce n'était pas le moment, et que d'ailleurs ils voûte laient en avoir Tordre du roi. » Au moment où M. de Wùrmser

1 Wiekham à lord Grenville, 6 janvier 1796. — Reçu à Londres le 3 février.

2 La copie de celte lettre envoyée à lord Grenville ne porte ni date ni signature.

a voulu les faire joindre son armée, vous savez les démarches qu'ils ont fait faire pour rester sur le haut Rhin. — Ainsi les voilà bien décidément en contrariété avec tous les ordres, et le résultat de cette contrariété est de se trouver paralysés à Biihl, près d'Offenburg, où ils sont arrêtés1. Tirez parti de cet avis bien sur (sic\ mais sans me compromettre. »

D'après Pelin, d'après "Wùrmser, d'après Wickham, Condé était le principal coupable ; avec toutes ses déclamations et ses protestations de dévouement, il s'était montré insuffisant. Peut-être n'en avait-il été ainsi que parce qu'il ressentait quelque méfiance contre l'Autriche; peut-être aussi, connaissant sa réelle faiblesse, avait-il craint de la mettre à nu.

Tergiversations et calculs intempestifs de l'Autriche ; mesquinerie et impuissance des rovalistes : tels étaient donc les deux obstacles contre lesquels étaient venus se briser en 17'. >T> l'acharnement et la persévérance de Wickham. La déception n éteignit pas son ardeur. Apres quelques semaines d'un repos forcé, il se mêla avec la même activité aux menées des rovalistes. Mais, avant de le suivre dans ses nouveaux efforts, il faut voir l'Angleterre à l'œuvre sur un autre terrain. A Berne, la lutte se passionne dans une suite de conspirations impuissantes: à Vérone, la diplomatie débat froidement les théories gouvernementales et le démembrement de la France.

1 Sur ce dernier point, Fauche-IJorel prétend qu'après avoir reçu l'ordre de descendre le Rhin, Condé envoya à Wùrmser un agent nommé Demougé, qui exposa au général les excellentes dispositions de Pichegru et le danger qu'il v aurait à avancer sur Kehl avant que des mesures eussent été prises pour faire entrer Louis XVIII en France. Wùrmser se rendit à ces raisons, expédia à Condé l'ordre de s'arrêter à Biihl, et déclara qu'il n'agirait plus que de concert avec Pichegru. [Mémoires, I, p. 292.)

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