CHAPITRE IV
L'Angleterre et le prétendant. — Négociations pour la reconnaissance de Louis XVII I. — Mission de lord Macartney à Vérone. — Affaire du manifeste de Louis XVIII aux Français. — Echange de vues sur le gouvernement de la France.
(Juin-décembre 1795.)
Dès le début de l'émigration française , les royalistes n'avaient rien eu tant à cœur que de faire reconnaître par les puissances les droits et prétentions de leurs princes. En 1792, le comte de Provence avait fait quelques tentatives pour se faire déclarer régent de France par l'Autriche et la Prusse, disant que le roi son frère était incapable de gouverner librement; combattu par Louis XVI lui-même, qui craignait une atteinte directe à ses prérogatives, combattu aussi par l'Autriche qui surveillait avec jalousie tout effort des émigrés pour s'affranchir de la tutelle étrangère, le comte de Provence ne put obtenir satisfaction de ses désirs '.
Après l'exécution de Louis XVI, le comte de Provence renouvela ses démarches : son titre de régent ne pouvait plus lui être contesté en droit ; il n'y avait plus qu'une question d'opportunité à régler. Comme la plupart des royalistes, il s'imaginait volontiers que la reconnaissance officielle dont Louis XVII et le régent seraient l'objet accroîtrait son autorité et son influence sur les Français; elle suffirait à effacer les préventions que l'appui des étrangers faisait naître contre la monarchie légitime, en montrant ouvertement au peuple que le principal but poursuivi par les alliés était la destruction des
1 Mémoires d'un homme d'Etal, î, p. 453 et suiv.
çit; L'ANGLETERRE ET L'ÉMIGRATION FRANÇAISE
révolutionnaires et le rétablissement des anciennes institutions. On allait même plus loin : cette mesure tant désirée serait une double garantie contre les puissances elles-mêmes ; Louis XVII une fois reconnu, il devenait difficile, on disait même impossible, de traiter avec la « prétendue République » . Puis ce serait peut-être un obstacle aux projets de démembrement : 1 intégrité des attributions de l'ancienne monarchie supposait 1 intégrité du territoire; Louis XVII devenait l'allié, et non plus le protégé des puissances. Qui sait même si, à ce titre, le jeune roi n'aurait pas réclamé quelque compensation pour avoir associé ses sujets, quelques-uns d'entre eux au moins, à l'extermination de l'hydre révolutionnaire qui menaçait l'Europe?
A tous les points de vue, la reconnaissance des princes semblait indispensable aux royalistes, et quelques-uns des motifs qui les amenaient à juger ainsi étaient admis par certains étrangers, notamment par Wickham. Mais celui-ci comprenait que cet acte officiel resterait sans effet utile, s'il n'était accompagné de la proclamation de la royauté par quelque province française, et précédé d'une déclaration explicite des intentions des puissances :
« Un témoignage public de respect et de considération pour les princes français sera le meilleur moyen de détruire ou du moins d'atténuer les préventions et les soupçons...
« II m'est impossible de prévoir à quel moment ou dans quelle mesure les ministres de Sa Majesté pourront juger sage de reconnaître les princes ou de donner une sanction à leurs droits et à leurs prétentions, ainsi qu'à ceux de leur malheureux souverain. Je prends cependant la liberté de suggérer que, si l'on n'a pas l'intention de le faire immédiatement, il serait à propos que je fusse misa même de donner aux rovalistes quelque preuve certaine et non équivoque des dispositions des deux cours de Londres et de Vienne en vue de les appuyer et de les reconnaître, pour le cas où quelque ancienne province avec sa capitale, ou toute autre partie considérable du territoire, serait prête à donner l'exemple et à prendre les armes en leur faveur. Je prie Votre Seigneurie de