CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBRE nt
vouloir bien remarquer que cette idée ne repose pas seulement sur nioii appréciation des caractères généraux <Io la question, mais aussi sur une considération très-attentive des opinions professées par des personnes de caractères et de partis fort différents, favorables ou non à cette mesure...
« Si la reconnaissance n'est pas précédée d'une déclaration explicite des vues des alliés, déclaration conçue dans les termes les plus modérés et contenant les assurances les plus positives que les alliés pénètrent sur le territoire comme amis et non comme ennemis; si toute leur conduite ne tend à confirmer ce langage, il n'v a que peu ou point d'aide à attendre de l'intérieur1... »
C'était précisément sur ce point que la solution était difficile à trouver. Les puissances ne rendaient guère aux princes que des services intéressés; souvent elles y ajoutaient de la mauvaise grâce. La négociation avec la cour de Vienne risquait d'être fort délicate, au dire de Grenville :
« La question de la reconnaissance des princes français en leur qualité de régent et de lieutenant général est pleine de difficultés, tant à cause de l'époque et de la forme de cet acte, que parce qu'il convient de se concerter avec la cour de Vienne. L'adoption prématurée d'une semblable résolution pourrait, ici comme en France, tourner au plus grand détriment de la cause commune; d'autre part, les ministres de Sa Majesté savent l'avantage qu'on en pourrait retirer à un moment donné, dans des circonstances favorables.
<c ...Vous devez donc régler vos paroles de façon à préparer les voies dans ce sens, sans cependant engager d'aucune façon le gouvernement à cette heure2... »
D'autres raisons forçaient Grenville à ajourner sa décision,, précisément les mêmes qui la faisaient réclamer par les royalistes. Louis XVII une fois reconnu, il serait plus malaisé de traiter avec la République, si l'avenir l'exigeait; d autre part, au cas où la coalition en arriverait à ses fins, il importait de ne pas être engagé avec les princes au point de ne
1 Wickliaui à lord Grenville, 2S mars 179."). — Reçu à Londres le 12 avril. - Lord Grenville à Wickham, 5 mai 1795.
pouvoir rien leur faire souscrire. Enfin, il existait encore un autre motif, tiré celui-là de l'intérêt même des royalistes : si les puissances faisaient en faveur de Louis XVII une manifestation officielle, ne serait-ce pas le désigner aux coups du Comité de Salut public? ne serait-ce pas en tout cas paraître imposer la royauté à la France, et partant enlever du crédit aux monarchistes?
La mort de Louis XVII vint modifier la situation. Elle fut pour les royalistes l'occasion de nouveaux efforts, l'argument qui devait les toucher le plus disparaissant entièrement. Un mémoire remis àWickham par un émigré dont le nom n'a pas été conservé montre l'importance que les royalistes attachaient à cette affaire et les moyens que l'on possédait de concilier tous les intérêts enjeu, de régler la question des indemnités :
aTant que le roi était captif et mineur, et que celui que les lois du royaume appelaient à la régence en était absent, on pouvait avec quelque raison se dispenser de reconnaître sa régence, car il parait que la première qualité d'un régent est la possibilité actuelle d'en remplir les fonctions, et, par conséquent, sa présence sur les lieux qu'il est appelé à régir.
« La mort du jeune roi change la question. Monsieur est roi de France par la loi solennelle du royaume... Si les rois alliés ne reconnaissent pas le nouveau roi de France, ils avouent que la rébellion la plus criminelle et la moins provoquée peut anéantir leur autorité...
« Cet engagement général des puissances alliées ne leur ôte certainement pas le droit de réclamer deux ou trois places de sûreté dans la vue de se faire une barrière qui, sans leur donner d'entrée dans la France, ôte à celle-ci la facilité de faire une invasion chez elles, comme Landau et Givet... Il n'empêche pas de réclamer certains dédommagements, par exemple, les îles de France et de Bourbon, en échange des colonies à sucre, dont la conquête, loin d'être regardée coin me une invasion, en a conservé l'existence... Louis XIV et tous les rois en ont fait autant, et Louis XVIII ne croira pas acheter trop cher par là le repos de son peuple qui en a tant besoin1... »
1 Envové par Wickham à lord Grenville le 27 juin 1795.