‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 50 sur 156 · CHAPITRE IV. — JUIN-DÉCEMBHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — JUIN-DÉCEMBHE

L'auteur de ce mémoire réclamait aussi des puissances une déclaration générale d'intentions pacifiques et amicales ; il proposait enfin un plan de campagne, et concluait d'un ton navré que, si rien de ce qu'il demandait n'était accordé, les royalistes se verraient contraints de céder à la Révolution, car « la fidélité ne survit pas à l'espoir » .

Tandis que les officieux s'agitaient ainsi, une ouverture régulière fut faite au cabinet britannique par le duc d'Harcourt, représentant des princes à Londres, aussitôt qu'il eut appris la mort de Louis XVII; sur les instances du duc, lord Grenville résuma dans une note du 22 juin 1795 la substance de l'entretien qu'il avait eu avec d'Harcourt1. L'Angleterre reconnaissait sans réserve les droits de Louis XVIII, mais déclarait qu'elle ne prendrait jamais l'initiative d'une reconnaissance officielle, car elle ne voulait à aucun prix se donner l'apparence de dicter à la France le choix de son gouvernement définitif : aussi se bornerait-elle, comme l'avait conseillé Wickham dans sa dépêche du 28 mars, à seconder une proclamation de la royauté par une province française. Tout ce qu'elle pouvait faire à cette heure, et Grenville s'y offrait formellement, c'était de préparer les voies auprès des cabinets étrangers et de les amènera s'associer à la politique de la cour de Londres, le jour où Louis XVIII entrerait en France. Grenville terminait son exposé des intentions de l'Angleterre par un appel à la sagesse et à la modération des princes.

Au reçu de celte note, d'Harcourt se montra fort étonné. Il avait interprété très-différemment les déclarations de lord Grenville; aussi pensa-t-il, ou feignit-il de penser, que la note était faite pour le public, et, le jour même où il en reçut communication, il entretint confidentiellement le chef du Foreign- OfGce d'une prétendue promesse de prompte reconnaissance et de négociations déjà engagées à ce sujet :

«Avant de rendre compte au Roy de ce que Son Excellence m'a

1 Voir aux Pièces justificative?, II.

fait l'honneur de nie dire, je ne puis mieux répondre à la confiance qu'elle a bien voulu me marquer, qu'en luy soumettant ce que je me propose de mander à Sa Majesté, et je prie Son Excellence d'en retrancher ou changer ce qui lui conviendra pour que je sois assuré de ne m'écarter en rien de son opinion, et de l'esprit de la noie qu'elle m'a fait l'honneur de me communiquer.

« Milord Grenville m'a dit que le gouvernement s'est occupé de « ce qui préoccupe (?) le Roy, sur la demande que je luy en ai faite. «Qu'il n'y a nul doute qu'il ne soit reconnu, que son titre est « incontestable, et qu'on n'attendra même pas l'invitation des sou- «verains de la maison de Bourbon, dont l'opinion ne peut être k équivoque; que, n'ayant pu arrêter encore toutes les questions qui « peuvent se présenter sur les circonstances actuelles, le ministère <( a rédigé une note contenant sa manière de penser en général, non, « comme on le doit bien juger, pour prétendre que ses principes «soient suivis exactement, mais seulement pour abréger en faisant « counoître les points principaux sur lesquels il espère que les idées «du Rov seront conformes à celles de sa Cour. Qu'il me prie de luy «donner mes observations, qui seront, ainsi que cette note, con- « fidentielles entre nous. Qu'il désire seulement que Sa Majesté, en « remplissant les devoirs que sa nouvelle qualité luy dictera, veuille «bien ne pas encor accréditer des ministres auprès des différentes « puissances, mais que l'on n'entend point gêner, régler, ni suspen- « dre les fonctions qu'il croira utiles au bien de son Royaume et à « son service. »

« J'ai répondu que cette pièce contenoit des maximes si sages, et « si fort d'accord, au moins pour ce qu'il y a de plus essentiel, avec « les sentiments de son cœur, que j'augurois très-favorablement de « la réponse de Sa Majesté et pourrois répondre au désir qu'elle « avoit de conserver la plus parfaite harmonie avec Sa Majesté « Britannique1... »

Par cette candeur affectée, d'Harcourt se proposait sans doute d'obtenir du secrétaire d'État , sous une forme ou sous une autre, les déclarations qu'il désirait si ardemment; il ne reçut qu'un démenti fort sec :

« Je suis très-sensible à la confiance que vous voulez bien 1 D'Harcourt à lord Grenville, Londres, 22 juin 1795.

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