‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 52 sur 156 · CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBBI 1195. 10 Tj · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBBI 1195. 10 Tj

parce que, lt> Roi avant un parti bien prononcé, aucune n'osera traiter avec la prétendue Convention, puisque Sa Majesté ayant pris territoire, on ne saurait avec qui entrer en négociation. Cette circonstance décisive ne vous aura pas échappé, et nous attendons avec nue extrême impatience la nouvelle de l'éclat qu'aura eu cette mesure, qui ne peut trop se promulguer, et qui rendra la paix de l'empire impossible, ce que le gouvernement désire infiniment ' »

En réalité les alliés luttaient à qui dompterait le mieux la France, et, pour ceux qui confondaient la France avec les princes, à qui serait le mieux placé pour les exploiter en cas de succès :

« L'Angleterre doit être satisfaite, disait un émigré : elle est parvenue à faire écraser les Jacobins par la Convention; elle abattra celte dernière par les assignats, et les soixante-quatorze députés qui sont rappelés* ont leurs instructions et aideront peutêtre sans s'en douter à établir l'ordre quelconque par lequel les puissances croient toujours tenir la France sous leur férule; elle peut espérer son salut de la Providence, mais, à coup sûr, il n'y a qu'elle qui puisse la sauver'. »

Ce sentiment amer perçait dans tous les actes des rovalistes; il explique leurs défiances, leurs efforts incessants pour semer la jalousie entre leurs protecteurs, en attirant tour à tour l'attention de chacun sur les ambitions du voisin. Que faisaient-ils eux-mêmes cependant, sinon de poursuivre, par tous les moyens en leur pouvoir, la satisfaction de leurs intérêts, de leurs convoitises, en demeurant aveugles aux besoinsdes autres classes de la société française? Ils ne voyaient pas que si les cabinets, dont ils prétendaient se servir, avaient quelques visées personnelles, l'intérêt même des alliés leur commandait une attitude de modération et de conciliation qui aurait pu, qui aurait dû avoir plus d'influence sur l'issue de la lutte.

1 D'Harcourt à Puisaye, Londres, 10 juillet 1795. — British Muséum Mss. Add., 7974.

5 Après le 1er prairial.

3 Mémoire cité plus haut, envoyé par Wickham à lord Grenville le 6 ayril 1795, sans date ni signature.

1CH L'ANGLETERRE ET L'EMlGttATION FRANÇAISE.

Wickham s'efforçait, on l'a vu, de rapprocher les diverses fractions du parti royaliste, de calmer les rivalités qui s'étaient éveillées dans son sein : sans doute il y voyait un avantage pour son gouvernement, car un compromis était le seul procédé possible et normal pour pacifier l'Europe ; mais les monarchistes auraient dû voir que ce compromis profiterait également à la restauration, et qu'en bonne politique il faut des concessions aux alliés, des concessions aux ennemis. Mais les nécessités de la politique leur étaient totalement étrangères, et l'Angleterre échoua à rapprocher les anciens maîtres des sujets affranchis, comme elle échoua à concilier l'émigration avec la coalition.

Dès le 20 mai 1795, Wickham, prévoyant une entrée prochaine des princes en France, avait demandé pour eux la compagnie de quelque émissaire du gouvernement britannique qui surveillerait leur entourage, et prendrait au besoin des garanties contre « bien des choses extraordinaires » qui pouvaient survenir. Wickham ne croyait pas à la stabilité de la restauration, si elle se faisait; il fallait prévenir de nouvelles guerres européennes en hâtant la destruction de la « machine militaire » de la France.

Lorsque l'expédition de Bretagne fut sur le point de s'effectuer, et que les plans de Wickham semblèrent près d'aboutir, lord Grenville jugea le moment venu de suivre le conseil de son agent. La difficulté était d'accréditer auprès de Louis XVIII un représentant à poste fixe, sans cependant reconnaître formellement ce prince; on chercha une échappatoire, et, les questions de protocole étant toujours un peu sacrifiées en temps de guerre, on s'arrêta à une mission « privée et confidentielle » . Il semblait même, à en juger par une lettre du ministre anglais à Wickham, que le rôle de l'agent choisi par lord Grenville fût assez restreint : il devait surtout inviter le prétendant à promettre l'amnistie, à rechercher l'union de tous les partisans de la monarchie dans un but commun :

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