CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBRE 1195. Il
gréable que la façon dont tonte cette affaire a été conduite. Le manifeste a été envoyé à Mullheim avec Tordre péremptoire donné an prince de Condé de le lire à son armée et de le faire publier sans consulter personne. Sur mes instances, le prince a reconnu que la précipitation dont Vérone avait fait preuve tient à ce que l'on y savait l'arrivée prochaine de lord Macartnev; l'on décida que le manifeste serait écrit et publié, sans l'intervention d'aucune des puissances alliées, contre lesquelles l'entourage du roi entretient les plus vives défiances1... »
Lorsque Macartnev arriva à Vérone, Louis XVIII avait donné son programme.
Rien n'était simple comme d'en arriver à ses fins parce procédé ; il eût été enfantin de se vanter d'un tel succès diplomatique. Aussi ne s'arréta-t-on pas là; la déclaration mise au jour, on voulut en attribuer la paternité au gouvernement anglais.
Un soir, à Turin, chez la princesse de Garignan, un ami du résident anglais rencontra l'évèque d'Arras, l'un des confidents des princes, et amenant la conversation sur le récent manifeste, il exprima son étonnement qu'on n'y eût pas fait quelque petite concession à l'opinion publique, ou qu'au moins, puisque le comte de Lille se prononçait si énergiquement pour l'ancien régime, on n'eût pas tenté d'atteindre par degrés le but tant désiré, au lieu de débuter par une déclaration aussi peu équivoque :
« Le gouvernement militaire est le seul qui convienne à la France, répondit l'évèque; quant à l'énergie du langage du manifeste, on peut croire qu'avec un allié aussi puissant et aussi bon que l'Angleterre, les sentiments qui y sont exprimés n'ont été adoptes que d'après les conseils qu'elle avait suggérés*. »
Tel était le langage de l'évèque d'Arras dans un cercle diplomatique; peu après, dans des endroits où la contradiction
1 Wickham à lord Grenville, Bruch près Aarau, 19 août 1793. — Reçu à Londres le 3 septembre.
* Jackson à lord Grenville, Turin, 23 août i795.
eût été sans doute plus malaisée, il n'hésita pas à affirmer que le manifeste, avant d'être publié, avait été vu et approuvé par .Sa Majesté Britannique1.
Louis XYIII en face de Macartney ne pouvait guère parler comme le faisait l'évêque. Macartney avait connu l'existence du manifeste dès son arrivée à Vérone ; il aborda timidement la discussion que lui enjoignaient ses instructions, parlant de quelque acte public à signer où Louis XYIII affirmerait ses droits. Louis XYIII, de son air le plus candide, répondit : « qu il était heureux de se trouver en si parfaite conformité de sentiments avec la cour de Londres ; qu'il avait prévenu nos projets sur ce point par sa proclamation i » .
L'affirmation était assez osée; Louis XYIII glissa rapidement, sans laisser à Macartney le temps de protester :
« Le manifeste, me dit le Roi, a été faitpar moi-même, sitôt que j'ai
« su la mort de mon neveu, qui, bien que la première nouvelle en « fût parvenue le 21 juin, n'a été définitivement confirmée que le « 24 ou le 25. » — Il me parla de ce manifeste avec un tel amour que j'ai vraiment été amené à croire qu'il était véritablement le père de ce produit {the real parent of the offsprlnrj); dans ces conditions, la déclaration ne pouvant pins être rapportée, il devenait extrêmement délicat et gênant de la commenter, d'autant que le Roi semblait persuadé qu'il avait agi dans l'esprit de la note remise par Votre Seigneurie au ducd'Harcourt le 22 juin dernier; cependant je crus de mon devoir de lui indiquer quelques passages qui me semblaient conçus en termes moins choisis qu'ils n'eussent dû l'être, et je pris la liberté de lui montrer le plan de manifeste que j'avais apporté de Londres et qui était bien différent du sien. Il le lut avec grande attention et dit ensuite qu'il regrettait que je ne fusse pas arrivé trois semaines plus tôt, parce qu'il eût pu se concerter avec moi sur quelques modifications de son œuvre; mais en tout cas, il exprima le désir de me voir convaincu qu'il avait composé sa proclamation d'après sa connaissance du peuple auquel il avait à s", idresser, et qu'il l'avait adaptée aux circonstances. Ace moment, il m'exposa le caractère français, le comparant au caractère anglais,
1 Jackson à lord Grenville, Turin, l'r septembre 17(J5.
2 Lord Macartney j lord Grenville, 12 août 1795.