CHAPITRE IV. — JUIN-DÉCEMBRE
un tombeau ou une couronne; le moyeu le plus convenable, le plus conforme à ses propres sentiments pour qu'il atteigne la côte de France, est d'y être transport»' de Cuxhaven, comme son frère l'a été; il m'a supplié de transmettre à ma cour l'expression de ses désira à cet égard ; il voudrait ne pas perdre de temps, aller dans un endroit à proximité de l'armée de Coudé (quant à l'armée elle-même, si on peut l'appeler ainsi, il espère fort peu qu'on la mette sur un pied assez respectable pour qu'il puisse la commander), et y attendre avec patience les décisions de ma cour.
a Je lui ai dit que, comme je n'avais pas reçu d'instructions dans ce sens, je ne me figurais pas que ce plan fût d'accord avec les sentiments de Votre Seigneurie, plan qu'il se disait si disposé à suivre; qu'au contraire, on avait indiqué une tout autre ligne de conduite, pour le cas où il quitterait Vérone: que, tant qu'il ne pourrait pas prendre le commandement de l'armée de Coudé, tant (pie les succès de son frère en Bretagne ou en Vendée ne lui auraient pas permis de le rejoindre, Rome semblait être pour lui la résidence la plus convenable; de Rome il pourrait se rendre sur le Rbin, si on lejugeait bon, ou s'embarquer à Civita-Veccbia ou dans tout autre port, suivant les circonstances. Bien plus, je lui dis que j'étais autorisé à lui permettre de résider à Gibraltar, s'il le désirait, malgré les inconvénients que cela présenterait relativement à l'Espagne; qu'en tout cas le voyage en Vendée, en passant par le détroit de Gibraltar où nous aurions toutes les nouvelles, serait bien plus court qu'un voyage de terre à Cuxbaven, suivi d'une traversée.
«Il répondit que, pour mille raisons, il avait une répugnance invincible à babiter Rome, ou même à s'en rapproeber, parce que cela l'éloignerait encore de l'endroit où il voudrait et où il devrait être, et donnerait par conséquent à ses sujets une fauss. impression sur son compte, surtout après que plusieurs journaux avaient affirmé qu'il renonçait au troue, qu'il avait reçu une compensation; il dit encore que, si l'Espagne continuait à être en guerre avec la république française, il deviendrait très-compliqué, très-ennuyeux de traverser l'Italie, de s'embarquer dans un de ses ports, de débarquer à Barcelone, de traverser toute l'Espagne de l'est à l'ouest, et d'attendre sur les côtes de Galice les moyens de transport convenables pour aller sur la partie de la côte de France qui serait préparée à le recevoir; — que, quant à Gibraltar, bien que la bonté du Roi lui fût très sensible, la situation de cette ville à l'extrémité de
l'Europe, son éloignement, permettait de reproduire l'une des objections qu'il avait présentées contre Rome, sans parler de la longueur du voyage par le détroit, qui, s'il fallait en croire les autres, car lui-même n'a jamais été sur mer, serait dans cette saison très-ennuyeux et désagréable.
«J'essayai de mon mieux de le ramener à l'idée de Rome, qui, j'en donnai l'assurance, serait très-agréable à ma cour, et m'avait été particulièrement signalée par mes instructions.
« Milord, dit-il, vous avez certainement rempli vos instructions, « et je vous ai exprimé mes sentiments sur leur compte; je ne puis, « malgré tous mes efforts, me résoudre à penser à Rome. — « L'Espagne m'en a parié il y a longtemps, la ville étant plus près « à' elle que Vérone, à l'époque ou elle me laissait entrevoir qu'elle « me recevrait bientôt; cependant je ne pus m'y résigner. — Ma « présence en Allemagne, près de l'armée du prince de Condé, n'est « pascontraire aux idées de votre cour : que j'aille plus loin, que je « continue jusqu'à Cuxbaven, cela seul dépend de vous;... j'ai « confiance que l'on ne fera pas moins pour moi que pour mon « frère '. ••»
La note remise le 12 août à Macartney sur le même sujet est intéressante : elle indique le résultat de la négociation, et montre sur quel ton le prenait la petite cour de Vérone avec la Grande-Bretagne. Louis XVIII savait conserver dans sa détresse une certaine hauteur qui n'était pas sans dignité :
« Milord ayant été chargé par Sa Majesté Rritannique de discuter avec le Roi l'objet de son déplacement de Vérone et les moyens de lui ouvrir la porte de ses États, a proposé à Sa Majesté le choix entre plusieurs voies de rapprochement.
u II a été arrêté d'abord que, l'armée de M. le prince de Condé n'étant pas encore formée et plusieurs autres raisons s'opposant à ce que le Roi s'y portât, il préféroit de suivre les traces de Monsieur.
« Pour v parvenir, Milord a proposé que le Roi se transportât à Rome, pour être à portée de s'embarquer à Civita-Vecchia, lorsque Sa Majesté Rritannique jugeroit le moment favorable.
a Ce parti a paru entraîner au Roi plusieurs inconvénients. Sa
J. m il Macartney à lord Grenvillc, 12 août 1795.