‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 6 sur 156 · CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 1794-MARS K · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 1794-MARS K

3° les puissances renonceraient à prendre aucune part « aux diverses conditions et modifications » qui pourraient accompagner le rétablissement de la royauté. Moyennant quoi, les constitutionnels travailleraient à gagner la Convention, avec l'assentiment d'une partie du Comité de Salut publie. Mais il importait surtout que les princes se montrassent moins absolus, moins exclusifs :

« ...On voudrait que les assurances demandées fussent d'abord données avec tout le secret possible, et non par des déclarations solennelles; on pense que la publicité, en manifestant des espérances sur l'intérieur, trahirait tous ceux qui parleraient de modération... »

C'était là du nouveau pour le gouvernement anglais. Un rapprochement semblait possible entre les deux fractions du parti royaliste : Mounier indiquait clairement qu'il était prêt à renoncer à une constitution, mais en échange il demandait que la rovauté absolue, si elle était rétablie, se montrât modérée et libérale. Les princes seraient peut-être disposés à se conformer au désir exprimé par Mounier, puisque le point important pour eux, la question de principe, se résolvait en leur faveur. Ce qu'il leur fallait, c'était de ne pas avoir l'air de céder à la violence en acceptant une constitution; ils voulaient le pouvoir absolu, et l'auraient; quant aux mesures libérales, elles ne seraient prises qu'en vertu de ce pouvoir lui-même : le principe était sauf.

Les communications de Mallet du Pan et de Mounier arrivaient d'ailleurs à Londres à un moment où un effort général de la coalition paraissait indispensable. Les armées républicaines avaient conquis la Belgique et la ligne du Rhin. Pour appuver 1 offensive que les coalisés essayaient de reprendre, Pitt se préparait déjà à soutenir les insurgés de l'Ouest1; il saisit avec empressement l'occasion qui se présentait d'ouvrir des négociations avec les royalistes de l'Est et avec Paris.

1 C'est en octolire l~9rf que Puisaye entra directement en relation avec

lui.

Berne enfin était un centre d où 1 on pouvait à loisir concerter l'action des puissances et diriger l'agitation à l'intérieur de la France; sa position en pavs neutre désignait cette ville comme siège des négociations et des intrigues. Le 15 octobre 1794, lord Grenvilledécidad'envover à Berne unde ses amisdecollégedont il savait les talents et la conformité de vues avec les siennes : Wickham partit pour la Suisse, chargé de porter à Mounier la réponse du cabinet anglais.

Homme d'action et d'intrigue, Wickham était particulièrement propre à la tâche qui lui incombait. A une ténacité à toute épreuve il joignait une grande ingéniosité qui pouvait suppléer parfois à la connaissance des hommes. S il manquait un peu de vues larges et profondes , il savait mieux qu'un autre réunir les fils dune affaire, la préparer, la mettre au point. D abord défiant dans ses rapports avec les royalistes, il avait cependant un défaut : sitôt qu'il croyait une* piste bonne, il s v lançait tout entier, souvent sur la foi d'un seul de ses nombreux agents. La déception venait, d'autant plus dure qu'il croyait avoir pris plus de garanties; mais avec une merveilleuse souplesse, il élaguait les mauvais éléments, et, sur de nouvelles bases, construisait en quelques heures un nouveau svstème. Wickham n'était pas un diplomate de race ; négocier ou même observer les grands faits n était point son affaire. Il tenait plutôt du policier, mais du policier intelligent, qui, avec des instructions nécessairement larges , sait agir à propos et prévenir les ordres de ses chefs.

D'abord envoyé en Suisse avec une mission spéciale, il devint chargé d affaires en décembre 1704; puis, le 12 juillet 1795, il succéda définitivement à lord Fitzgerald comme ministre plénipotentiaire. A ce moment, il aurait pu se décharger sur un autre du soin d'entretenir des rapports avec les royalistes, et suivre les négociations diplomatiques dont la Suisse était le théâtre : il préféra se renfermer encore dans la mission spéciale pour laquelle le désignaient ses aptitudes. Le 13 octobre 1795, il écrivit à lord Grenville qu'un seul

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