CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 179i-MARS
homme ne pouvait suffire à cette double tache, que le gouvernement anglais deArait sans doute envoyer un ministre à Bàle pour surveiller les diplomates réunis dans cette ville, mais que, s'il le faisait, les alliés croiraient peut-être à un désir de l'Angleterre de négocier la paix. On n'envoya pas de ministre à Bàle; Wickham continua de limiter son action aux affaires intérieures de la France, ne parlant que peu ou point dans ses dépêches de la politique générale et des travaux de Barthélémy. Ce trait seul révèle le caractère de l'homme. Si maintenant, dans cette voie qu'il croyait être la sienne , il pécha souvent par excès d'enthousiasme, il faut l'attribuer surtout à la façon dont les royalistes qu'il employait le dupèrent et l'exploitèrent ; s'il trouva presque toujours l'insuccès, ce ne fut pas faute d'efforts sincères et répétés, et Ton doit en rechercher les causes parmi celles qui ont assuré l'échec de la coalition.
Les archives anglaises n'ont malheureusement conservé qu'une partie des instructions données à Wickham le 15 octobre 1794. Mais en rapprochant ce qu il en reste d'une note portant la même date et que Wickham devait remettre à Mounier, on peut se faire une idée exacte du rôle encore assez restreint que le cabinet de Londres entendait faire jouer à son agent, de la mesure dans laquelle il comptait mettre à profit les offres du parti constitutionnel et accéder à ses demandes. Wickham n'avait en premier lieu qu'une seule mission : reconnaître ce qu'il y avait de praticable dans le plan de Mounier. On se souvient que celui-ci avait demandé au gouvernement anglais de faire trois promesses; sans vouloir encore prendre d'engagement à cet égard, lord Grenville indiquait à grands traits dans sa note à Mounier ce qui lui paraissait possible. Il ne faisait d'abord aucune difficulté d'accéder à l'idée d'une amnistie; mais, connaissant les résistances que la réalisation de cette idée soulèverait auprès des princes, il déclarait que les régicides au moins en seraient exclus. Enfin, il se récusait sur la question du gouvernement à donner à la France.
u Le gouvernement britannique n'a jamais eu le dessein de prendre sur elle (sic) de dicter à la France les modifications qui pourraient ou accompagner ou suivre le rétablissement de la royauté en France... On est persuadé que le détail de ces points ne peut jamais être réglé par des étrangers, n'ayant une connaissance suffisante ni de la disposition des esprits, ni de tant d'autres difficultés qu'on aura à concilier... »
Malgré ces réserves, lord Grenville laissait entrevoir que, selon lui, un pouvoir très-concentré devait succéder à l'anarchie, et il indiquait les conditions fondamentales du rétablissement de la monarchie : la proclamation de Louis XVII, la régence de Monsieur, le rétablissement du culte catholique, le rappel des lois de proscription, de bannissement et de confiscation ; puis enfin un arrangement sur la question des assignats et des biens nationaux. Il importe ici de consulter les instructions de Wickham pour connaître exactement la pensée du gouvernement anglais ' : si Pitt prétait son concours à Louis XVII et aux princes, c'est qu'il ne voyait aucun autre moyen d'assurer la paix à l'Europe. Quant à la question des assignats, elle était trop complexe pour que le gouvernement anglais proposât dès l'abord une solution; il fallait la réserver. A ces conditions, l'Angleterre pourrait promettre son appui au parti constitutionnel.
Une dépêche de lord Grenville à Wickham, datée du 24 février 1795, vint confirmer ces dispositions conciliantes du cabinet anglais. Déjà, comme on le verra, l'exagération des offres de Mounier avait été reconnue; lord Grenville cependant examine I hvpothèse où des ouvertures sérieuses seraient faites à Wickham de la part de quelque membre de la Convention : Wickham doit les encourager, sans toutefois prendre d'engagement formel, et en ayant soin de ne pas se laisser passer pour un agent chargé de négocier la paix :
« ...Il n'est nullement impossible que quelque ouverture vous
' Voir aux Pièces justificatives, A.