CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBRE
particulièrement observé qu'en parlant dus membres du gouvernement actuel de la Franco, le mot de sans- culottes n'est jamais
tombé de leurs lèvres1... »
Les premiers résultats de la mission de Macartney n'étaient en somme rien moins que satisfaisants : il était arrivé trop tard pour le manifeste; il avait dû céder sur la question de la résidence. À ce dernier égard même, l'espèce de victoire remportée par Louis XVIII paraissait presque complète ; comme d'autre part ce prince recevait de bonnes nouvelles de l'Ouest, il songea bientôt à se procurer un cheval pour faire son entrée en France :
«Je vois par les discours de quelques-unes des personnes qui entourent le Roi que, d'après les nouvelles reçues de la tournure favorable que prennent les affaires du Roi en Bretagne et en Vendée, où 30,000 royalistes sont, dit-on, armés poursa cause, elles anticipent déjà sur l'heureuse réalisation de tout ce qu'elles désirent. Cela m'est surtout apparu dans une conversation que je viens d'avoir avec le baron de Flacbslanden et M. d'Avaray, qui sont venus me voir ce soir, parce que j'étais resté chez moi ces deux jours-ci pour écrire mes dépêches. Ils m'ontdit qu'ils venaient de quitter le Roi ; il les avait chargés de me demander qu'au cas où ma cour approuverait son voyage àCuxhaven, quelques chevaux anglais fussent tenus prêts pour son usage, de façon qu'il pût être convenablement monté à son débarquement en France. Je leur dis que je m'estimais très-malheureux de n'avoir pas de chevaux à offrir à Sa Majesté, faute d'être moi-même un bon cavalier. Mais cette réponse ne suffit pas à les éconduire, car ils répliquèrent aussitôt que leur intention était seulement qu'aux nombreux services rendus à la cause de leur maître parla Grande-Bretagne, on joignît cette petite marque d'attention pour ses convenances
1 Lord Macartnev à lord Grenville, 12 août 1795. — Cf. aux Pièces justificatives, M, la description que donne Macartnev de tous ces courtisans dont chacun a ses petites intrigues, ses correspondances, ses secrets; au milieu de ces esprits légers et désordonnés, Louis XVIII paraît plus modéré, plus sensé; Macartney est émerveillé de lui reconnaître quelques idées plus ou moins pratiques; mais, peu au courant de ce dont on parle devant lui, il fait une complète confusion entre les Parlements et le Parlement.
12 2 LANGLETERR1 ET L'EMIGRATIOH FRANÇAISE.
particulières, parce que, vu les nombreuses réquisitions faites pour
les différentes armées et la corpulence, le poids du Roi, il pourrait être très-difficile de trouver sur les lieux un cheval capable de le porter. Je dis qu'il vaudrait mieux recommander au duc d'Harcourt
d'entretenir Votre Seigneurie de ce sujet, mais que cependant, sur le désir de Sa Majesté, j'en parlerais dans mes dépêches '. »
Le 19 août, Louis XY1II écrivit à Sa Majesté Britannique pour lui renouveler sa demande daller rejoindre ses sujets fidèles : déjà le désastre de Quiberon, la paix conclue par l'Espagne avaient modifié tous les plans. L'Angleterre songeait bien encore à une expédition sur les îles dllouat et Hœdic, mais lord Grenville laissait le comte d'Artois libre de s'y joindre sans l'y inviter formellement 2. A Vérone, la ruine des rovalistes produisit une sensation profonde, d'autant que plus on allait, plus on se défiait des puissances :
« La désagréable nouvelle de l'affaire de Quiberon a jeté une
nouvelle teinte de mélancolie sur cette petite cour. La plupart des gentilshommes qui entourent le Roi ont appris la mort de quelquesuns de leurs meilleurs amis ou parents, et sont très-anxieux du sort des autres. Quoique désappointés, ils ne semblent cependant pas découragés, et comptent déjà sur le succès d'une autre expédition.
«Les lettres reçues icidesamisdu Roi en France respirent encore le même lovalisme, le même courage, et affirment que personne n'est abattu par le récent désastre
« Cette petite cour ne semble avoir que peu de confiance dans la sincérité et l'activité de la maison d'Autriche'. »
Vers la fin du mois d'août 1795, la cour de Vérone concentrait ses dernières espérances sur l'appui de l'Angleterre; Louis XVIII ne semblait plus désirer qu'une chose : entrer en
1 Lord Maeartnev à lord Grenville, 13 août 1795. — Reçu à Londres le 31 août.
2 Lord Grenville au comte d'Artois, 15 août 1795. — Le 16, Monsieur répondit qu'il accompagnerait l'expédition.
3 Lord Macartnev à lord Grenville, 23 août 1795. — Reçu à Londres le 10 septembre.