‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 61 sur 156 · CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBRE 17<ij · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — JUIN-DECEMBRE 17<ij

Bretagne pour marcher librement sur les traces de Henri IV, dont la mémoire l'obsédait :

« Rien n'est plus étonnant que la manière grande et généreuse avec laquelle les Anglais traitent en ce moment les malheureux

Bourbons. On ne peut entrevoir qu'un bel avenir, si toutefois le gouvernement britannique continue à prendre une part si active au rétablissement de Tordre en France. La seule ebose à craindre, c'est le défaut de concours des autres puissances; mais il faut espérer que l'intérêt leur ouvrira les yeux. Le Roi est absolument décidé à marcher bientôt sur les traces de Henri IV.Ceprince, qui, au moyen de ses agents dans l'intérieur, sait que le bon esprit n'y est pas général, pense qu'il lui faut des armes et de la clémence pour reconquérir l'opinion, et il balance entre deux partis : celui d'aller à la Vendée, et celui de joindre l'armée de Coudé; mais ce dernier parti le tente moins que l'autre, attendu que là il n'aurait pas l'année sous son autorité immédiate, car elle ne peut être qu'aux ordres de l'Empereur, au lieu que de l'autre manière il commanderait ses propres sujets...

«Mais il ajoute avec raison que sa présence dans la Vendée ou la Bretagne y attirerait et changerait le sort (sic) de ses malheureux partisans; enfin ce n'est que là, dit-il, où je puis réellement imiter mon immortel aïeul : mourir, ou satisfaire les regards de t Europe ouverts sur ma conduite. Le Roi ne voudrait pourtant point que ses jeunes neveux le suivissent. Il ne serait pas prudent, en effet, d'exposer toute sa famille au même danger, et toutes les puissances de l'Europe auraient raison de ne pas le permettre. Enfin Dieu veuille que le dévouement de Louis XVIII ait l'effet que son cœur souhaite et que sa position mérite ! On en recueillerait de bien grands avantages1. »

L'expression de ces sentiments est certainement exagérée, et l'on ne peut guère ajouter foi, après l'affaire du manifeste, à la gratitude sans réserves de Louis XVIII pour le gouvernement britannique. Cette lettre n'était-elle pas, dans l'esprit desonau-

1 Copie secrète d'une lettre écrite de Vérone et remise à la légation (de Venise?), envoyée par Wickham à lord Grenville le 27 novembre 1795. Une note dit : « La personne qui écrit cette lettre a la confiance du Roy et en connaît les sentiments particuliers. »

teur anonyme, destinée à être interceptée par les agents anglais, suivant la pratique constante des diplomates du dix-huitième siècle? On a quelque raison de le croire.

Au reçu des premières dépêches de Macarlnev, lord Grenville ne cacha point son mécontentement. I! y avait entre la conduite des princes à l'égard de l'Angleterre et le langage qu'ils tenaient une telle contradiction qu'il était difficile de n'en être point frappé, lorsque l'on était assez éloigné d'eux pour ne pas être influencé par leur rhétorique. Grenville pensa même que Louis XVIII avait déjà quitté Vérone : l'Empereur admettrait-il que ce prince hahitàt le territoire allemand, au moment même où il était si vivement question de conclure la paix avec la République? Devait-on penser un instant, après l'échec de l'expédition de Quiberon, à compromettre l'existence du roi? Dans sa réponse à Macartney, lord Grenville allégua principalement l'impossibilité morale où l'on se trouvait d'exposer la vie du roi sans motif sérieux '.

Le gouvernement anglais était animé d'un sincère désir de tout concilier :1a responsabilité qu'il eût assumée, tant à l'égard de ses alliés qu'à celui des royalistes eux-mêmes, en risquant en Bretagne les jours de Louis XVIII l'empêchait d'accéder aux demandes du prétendant, tant que la nécessité n'en serait pas ahsolue. Il faut bien dire aussi que, s'il eût jeté le prince en France, s'il l'eût mis à la tête des royalistes, il n'aurait peutêtre pas conservé sur Louis XVIII une influence suffisante. La paix venue, l'ordre rétabli, Louis XVIII n'aurait sans doute pas hésité à en rapporter toute la gloire, et par suite tout le bénéfice, à ses propres sujets. Mais si le cabinet de Saint-James n'entendait pas se dessaisir de la personne royale, il ne voulait pas cependant heurter trop vivement les sentiments du prince; aussi recommandait-il à Macartnev les plus grands ménagements unis à la plus absolue fermeté.

Quant au manifeste, il avait paru aussi impolitique qu'exa-

1 Voir aux l'iprrs justificatives, K.

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