‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 63 sur 156 · CHAPITRE IV. JUIN-DECEMBRE 1T! 5. I2T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. JUIN-DECEMBRE 1T! 5. I2T

forts restèrent presque sans résultat. Après deux mois d'études,

il en arriva à une eonclusion assez peu satisfaisante : il avait pu constater l'accord complet des courtisans de Vérone en certaines matières; il savait sur quel point portait l'accord, mais ignorait encore en quoi il consistait. Il faut dire, pour justifier la perspicacité de Macartney, que Louis XVIII lui-même n'avait peut-être pas une idée bien nette de ce qu'est une < institution et de ce qu'on entend sous le nom de despotisme : pour lui, les institutions françaises étaient aussi libérales, virtuellement au moins, qu'aucunes autres :

« ...Il y a certains sujets sur lesquels je ne vois jamais varier le roi de France et ses ministres. Le principal est ce qu'ils appellent le gouvernement français ou la constitution; sur ce point leurs idées me paraissent si vagues et si confuses, qu'il est impossible de donner à Votre Seigneurie une réponse précise à ses questions touchant le sens que l'on a entendu donner aux expressions employées dans le manifeste. Ils en ont cependant une si haute opinion, soit par vanité, soit par conviction, que le Roi luimême m'a dit, il y a deux jours, que la constitution française était intrinsèquement aussi peu despotique que la nôtre, que sa forme véritable et régulière datait de Philippe le Bel, et que les imperfections qui l'encombrent ne formaient pas originairement une de ses parties intégrantes; que c'étaient de simples abus; qu'aucun constitutionnel ne pouvait être plus désireux de les corriger qu'il ne l'était lui-même. Il ajouta que la France étant, non pas une ile, mais une puissance continentale, obligée d'entretenir une armée de 150,000 à 200,000 hommes pour défendre ses vastes frontières, il était absolument nécessaire que le souverain fût investi d'une autorité plus forte et plus étendue que dans d'autres pays, placés dans des conditions différentes, et que cette autorité était établie par les anciennes lois du royaume. C'est là le plus clair, le moins inintelligible de ce que j'ai pu saisir des divers entretiens que j'ai eus sur ce point; j'en conclus à nouveau qu'ils ont des plans et des secrets qu'aucun artifice ne pourrait leur arracher..... Si leur pensée est si difficile à comprendre au sujet de leur constitution ou de leur gouvernement, question purement théorique quant à présent, il n'en est pas tout à fait de même, j'imagine, de leur politique. Leur désir, et peut-être leur espoir, est de rentrer

en France et de restaurer la monarchie sans conditions précises d'aucune sorte sur la correction des abus dont on s'est tellement plaint. Ils croient que cette correction se fera avec plus de dignité, de simplicité et de promptitude par le souverain lui-même que par une assemblée nombreuse1 >>

Cette théorie de Louis XVIII sur la constitution française, ou plutôt l'absence de constitution en France, avait une certaine apparence de vérité : théoriquement, les pouvoirs du roi d'Angleterre n'étaient pas plus restreints que ceux du roi de France. Mais sitôt que Ton quittait le domaine de la théorie pour entrer dans celui des faits, on ne tardait pas à voir que la constitution anglaise admettait des garanties contre le despotisme, au lieu que la forme de gouvernement conçue par Louis XVIII prêtait à la fois à la correction des abus de l'ancien régime, comme il le désirait, et à la naissance de nouvelles exactions contre lesquelles le peuple se verrait sans défense. Une constitution n'est au fond que l'organisation régulière des garanties : le prétendant n'en offrait aucune, et comptait toujours sur son crédit personnel pour tout concilier et tout régler.

Il semblerait cependant, à en croire certains ouvrages, dont quelques-uns ont, il est vrai, une authenticité douteuse, que Louis XVIII ne s'est pas toujours montré aussi peu précis dans ses projets de restauration monarchique et de réorganisation intérieure de la France. Après le 9 thermidor, il proposa, dit-on, comme intermédiaire conduisant à la royauté, un pouvoir exécutif confié à plusieurs personnes, el la création de deux conseils législatifs « qui devaient remplacer les deux Chambres monarchiques2». Pour lui, tous les maux de la Constitution de 1791 procédaient de la Chambre unique. « Il fallait qu'on s'accoutumât à cette balance du pouvoir divisé en trois parties, à l'introduction d'une future Chambre des pairs. » Et lorsque la Constitution de l'an III commença à

Lord Macartney à lord Grenville, 18 octobre 1795. — l'eçu à Londres le 12 novembre.

- Mémoires de Louis XVIII, VI, p. 274-277, et VII, p. 61.

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