CHAPITRE IV. —JUIN-DECEMBRE
fonctionner, Louis XVIII prétendit l'avoir inspirée : il se félicita de l'introduction du réjjime directorial, parce que la souveraineté du peuple était supprimée et que la « monarchie des Cinq » ne tarderait pas à prouver son impuissance par ses divisions.
D'autre part, à la mort de Louis XVII, Louis XVIII s'adressa à Boissy d'Anglas, à Cambaeérès, à Tallien : il leur déclara qu'il était enfin libre de prendre des engagements, parce qu il s'agirait dorénavant de lui seul, et non plus d'un tiers, son neveu; il offrit tout ce qui se trouvait dans la déclaration faite par Louis XVI le 23 juin 1789, prêta «l'agrandir» au besoin. abolition des droits féodaux; participation du clergé à toutes les charges ; égalité devant l'impôt, même pour le roi; institution dune Assemblée nationale permanente, divisée en deux Chambres; responsabilité ministérielle; les deux tiers des places réservés au tiers état : telles étaient les principales propositions de Louis XVIII ; elles furent rejetées, parce que le prétendant n'admettait pas la Constitution de 1791, et ne parlait ni de l'inviolabilité de la propriété des biens nationaux ni d'amnistie pour les régicides1.
En 1707, le comte de Saint-Priest rédigea un projet d instructions aux agents de Paris : les principes qui y sont posés sont tout différents de ceux attribués à Louis XVIII par l'auteur de l'ouvrage apocryphe que l'on vient de citer, et peuvent être considérés comme l'expression exacte des sentiments du prétendant, car Saint-Priest s'inspirait d'un autre projet, plus détaillé, rédigé par Louis XVIII lui-même. Le roi maintiendra tout ce qui a été fait depuis la Révolution « au véritable avantage public;... ce ne sera ni la nouveauté ni l'antiquité des lois qui en fera le mérite, mais leur véritable utilité » . Puis, les instructions poursuivent en ces termes :
u Je déclare donc ici, pour le cas où il serait impossible d'attendre mes réponses aux propositions qui me seraient faites relativement
' Mémoires de Louis XVIII, VU, p. 83-91.
à mon rétablissement sur le trône, que je n'y mets de condition absolue que celle d'avoir à ma disposition l'armée et tout ce qui constitue la main-forte dans le royaume, ainsi que les finances, la nomination des emplois; que j'insiste sur ces points, par la seule raison qu'ils sont indispensables pour bien gouverner; j'ajoute qu'il ne l'est pas moins de mettre des termes et des intervalles aux assemblées nationales, sous quelque nom qu'on les exprime, parce qu'avec un corps législatif toujours en activité, la législation varie sans cesse, ainsi que le prouve une expérience de huit années. Au reste, la discussion et fixation de tous les autres articles de gouvernement sont susceptibles d'extension, de réduction, de variation sur le fond et les formes; c'est à la sagesse et au temps de déterminer ce qui sera le plus convenable et le plus favorable au bien public1. »
Dans un mémoire du 5 juin 1790, Saint-Priest attaque avec énergie les principes qui ont jusque-là guidé les amis du roi. Pourquoi parler comme d'une arche sainte des privilèges des provinces? c'est un monopole usurpé sur le peuple pendant la féodalité. Il faut maintenir, en la rendant monarchique, l'administration créée par l'Assemblée nationale; il faut instituer une Assemblée purement consultative, composée de propriétaires de tous les ordres, et ayant le droit de faire des représentations ; il faut accorder une amnistie générale, promettre une indemnité aux acquéreurs de biens nationaux. A ce mémoire, Louis XVIII répond qu'il ne croit pas que ce soit la majorité de la nation qui ait fait ce qui existe actuellement, mais bien une minorité intelligente, maîtresse d'une masse inerte : sans quoi, n'aurait-on pas à rougir d'être Français? Louis XVIII ne veut pas traiter avec cette minorité; il veut être roi par la grâce de Dieu, conserver toute liberté de maintenir ou de supprimer telle clause qu'il lui plaira dans l'ancienne constitution. Les déclarations vagues évitent seules les engagements asservissants. Comment, d'ailleurs, le roi pourrait-il proposer une constitution autre que l'ancienne?
1 12 avril 1797. — Lettres et instructions de Louis XV III au comte de Saint-Priest, p. 2 V.