CH/. PITRE IV. — .1U1N-DKCEMBRE
•car « de quel choit se serait-il fait obéir, dès qu'il abandonnait le> lois antiques ' ? »
Tel était en effet le sentiment intime de Louis XVI II, sentiment qui ne se démentit pas un instant de J 7',>5 a 1801, quoi qu'en aient pu dire les auteurs qui écrivirent après la Restauration, dans le dessein d'élever un piédestal à leur roi. Au milieu du désordre qu'il croyait voir dans les consciences, en face de la ruine des anciennes institutions auxquelles rien de durable ne semblait encore avoir été substitué, le prétendant s'attachait au passé, dans l'espoir d'y trouver un droit supérieur aux instincts révolutionnaires, capable de rallier bientôt les « honnêtes gens » : le droit divin dans sa pureté primitive*. Mais le temps avait tari le droit divin : Louis XVIII ne pouvait pas en 1795 y puiser la force morale que lui eût peut-être donnée un vulgaire compromis.
L'évêque d'Arras avait aussi quelques idées personnelles sur la matière : ami intime du prince de Condé , il en parlait comme d'un homme d'une grande vigueur morale et de sentiments honorables. L'espèce d'indépendance que sa soumission forcée aux ordres de l'Autriche lui créait à l'égard des princes fiançais avait servi de prétexte à une série de calomnies qui ne tendaient à rien moins qu'à susciter la méfiance et la haine entre Condé et ses cousins. L'évêque avait dû s'interposer pour rétablir l'accord, et il croyait avoir réussi : son intervention amicale ne venait pas exclusivement de son affection pour le prince de Condé; elle avait surtout pour cause de hautes visées politiques. L'évêque d'Arras, en effet, ne rêvait pas seulement la restauration de la monarchie; il voulait encore concentrer toutes les branches du pouvoir dans les mains des princes du sang, seuls capables, selon lui, d'inspirer le respect :
1 Lettres et instructions de Louis XVIII au comte de Saint-Priest, p. 63-87.
'-' Voir encore dans ce sens, aux Pièces justificatives, M, cette déclaration de Louis XVIII que les Etats généraux île 1789 sont devenus, par la faute de Louis XVI, une masse immonde et confuse ; il songe à les convoquer sous leur antienne forme, mais dans quel but? il ne le dit. pas.
« L' évoque d'Àrras pense que, lorsque la monarchie sera
restaurée, les princes du sang devront être mis à la tête des grands départements ministériels de l'armée, de la marine, des finances, aucune de ces branches du gouvernement ne pouvant recouvrer sa stabilité et sa vigueur si elle n'est administrée et dirigée par des personnes de la plus haute naissance et de grande position, car, les récentes convulsions ayant renversé toutes les barrières du respect et des distinctions sociales qui séparaient autrefois les différentes classes, ces barrières ne pourront être rétablies et redressées que par les princes du sang, dont la dignité innée, la prééminence incontestée préviendraient les passe-droits, permettraient de tenir un langage plein de fermeté et d'autorité, et commanderaient la soumission et l'obéissance à leurs ordres1. »
Le grand tort du bon évêque était de juger par ses propres inclinations de celles des autres : le peuple ne serait soumis et respectueux pour les princes que s il reconnaissait en eux cette dignité, cette supériorité qu'un royaliste pume pouvait hésiter à leur attribuer. Là était précisément la question, et ce n est point en rétablissant plus que jamais les privilèges de naissance, que Ion devait espérer de vaincre une Révolution principalement soucieuse de fonder l'égalité.
A part ce préjugé, que l'ardeur de ses convictions excusait, lévéque d'Arras était plutôt porté vers une modération au moins apparente ; il affirma 2 que le manifeste avait été entièrement composé par Louis XVIII et son secrétaire Carvoisier, et imprimé avant son arrivée à Vérone ; forcé de l'approuver par respect pour son auteur , il confia à Macartney que, s'il eût été consulté, il n'eût rien ajouté à la déclaration, mais qu'il en eût omis certains passages8. Un jour, il épancha le fond de son cœur. Avant la mort de Louis XVII, il avait proposé que le Régent préparât un manifeste d'une tout autre teneur; le texte en eût été soumis aux cours de Londres, de
1 Lord Macartney à lord Grenvîlle, 15 novembre 1795. — Reçu à Londres lelS décembi e.
* Lord Macartney à lord Grenvîlle, 9 décembre 1795. 3 Lord Macartney à lord Grenvîlle, 16 novembre 1795.