CHAPITRE IV. — JUIN-DÉCEMBRE
Berlin et de Saint-Pétersbourg, pour être modifié , amendé ,
en un mot concerté entre les allies avant sa publication. «Il ajouta, de son ton sincère et convaincu, que sa principale raison pour le désirer était que cela eûl rendu d'autant plus fort, sinon inextricable, le lien qui attache ces cours à la cause royaliste '. »
A ce moment même, on se vit forcé de renoncer à tous les projets de descente ou d'invasion en France : la retraite de Condé à l'est suivit de près celle de la flotte anglaise à l'ouest; le comte d'Artois, qui avait accompagné cette dernière expédition, se trouvait à l'île d'Yeu lorsque, le 22 octobre, les troupes anglaises furent rappelées. Grenville laissa d'abord le comte d'Artois libre de rester dans l'île ou de passer en France si le séjour de l'île devenait trop dangereux ; un mois après, le 25 novembre, il l'invita à revenir, le succès d'une descente étant désormais peu probable. Dès le 17, il avait écrit à Macartney ces lignes qui laissaient peu d'espoir à la cour de Vérone :
« Dans une telle situation, il n'y a plus qu'à tâcher de réconcilier autant que possible l'esprit de Louis XVIII avec le dur destin que la nécessité lui a réservé, et auquel Sa Majesté aurait voulu le soustraire, tant pour des motifs personnels que parce qu'elle a toujours considéré que la restauration de la monarchie en France eûl été la meilleure solution de la lutte actuelle, au point de vue des intérêts généraux de l'Europe. »
1 Lord Macartnev à lord Grenville, 9 décembre 1795.
chàpitiu: V
L'Autriche et le prétendant. — Question des indemnités. — Projets d'alliance franco-anglaise. — Mission du J>ailli de Crussol à Vienne. — Affaire de Madame Royale.
(Septembre 1795-janvier 1796.)
Les correspondances des diplomates autrichiens ne manqueraient sans doute pas de montrer que l'Angleterre était le principal ohjet des défiances de la cour de Vérone et des émigrés en général : c'est probablement ainsi que Louis XVIII devait leur présenter les choses, leur manifester sa douleur et se* anxiétés. Si Ion se borne à consulter les correspondances anglaises, on devinera peut-être quelques appréhensions à l'endroit de la Grande-Bretagne , mais on verra surtout que l'Autriche seule est à craindre. Pour être juste, on doit même reconnaître que pendant un temps, bien court il est vrai, Louis XVIII sembla s'abandonner au gouvernement britannique , parce que lui seul avait les fonds nécessaires aux entreprises royalistes : il donna à ses agents de Londres, de Paris, du Midi, de l'Est et de l'Ouest, Tordre de se concilier les représentants de l'Angleterre, d'entretenir avec eux des correspondances directes ou non, à leur choix. Mais par là, il n'avait qu'un but : faire obtenir à ces agents « la direction exclusive des moyens1», autrement dit, s'affranchir le plus complètement possible du «gouvernement protecteur» .
Le 7 septembre , on n'avait point encore reçu à Vérone la réponse du margrave de Bade : sans doute il avait voulu consulter avant fine de répondre, mais on comptait sur l'appui
1 Instructions aux agcnU de Paris. British Muséum, Mss., Add. 8055.