‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 68 sur 156 · CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1195-JANV1EB · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1195-JANV1EB

pour demander la permission de résider à Roitenburg, sur le Neckar, dans le cercle de Souabe : Polignac et Crussol devaient taire la demande, mais on pria Macartney d'obtenir l'intervention de sir Morton Eden. Bien qu'il ne crût guère au succès de cette démarche, Macartnev écrivit en effet à sir Morton Eden, le mettant au courant de toute l'affaire et le priant d'agir dans ce sens, si toutefois ses instructions ne s'y opposaient point.

Les nombreux entretiens que Macartney avait avec les gons de Vérone se bornaient nécessairement à un échange de vues , car traiter eût été reconnaître implicitement Louis XVIII, ce que l'on voulait éviter; Macartnev réussit cependant à pénétrer la pensée intime du roi sur un point particulièrement intéressant pour les alliés, la question des indemnités. Un jour, peu après son arrivée , il était parvenu à insinuer quelques mots sur ce sujet :

« Avant de terminer cette lettre, je ne dois pas oublier un passade important d'une de mes conversations avec le Roi. Il se plaignait des lenteurs de la cour de Vienne, et laissa échapper que l'on devait peut-être les attribuer au silence qu'il avait gardé sur ce que l'on pourrait attendre, en cas de succès. Je saisis l'occasion de lui dire qu'il devait sentir combien il est naturel pour une puissance qui dépense son sang et son argent pour son service d'espérer quelque compensation. « Je vous comprends parfaitement, répondit-il, « et cela nesaurait faire aucun doute; mais cette compensation doit «être réglée par voie de négociation et de discussion à une époque «ultérieure, et mes amis peuvent être assurés qu'ils me trouveront « alors parfaitement disposé à agir avec justice et équité1. »

(Ju'étaient-ce que la justice et l'équité en semblable matière? Macartnev mit plusieurs semaines à se former une opinion à peu près certaine. Il lui était presque impossible d'en parler ouvertement, sous peine de sembler mettre le marché à la main. Mais, d'autre part, s'il ne devait pas songer à obtenir un traité en bonne forme, il importait de faire prendre à

1 Lord Macartnev à lord Grenville, 12 août 1795.

lis L'ANGLETERRE ET L'ÉMIGRATION FRANÇAISE.

Louis XYIII certains engagements que l'on pourrait lui opposer au jour voulu, et que ce prince se verrait forcé de respecter en vertu même de ses principes religieux. Un rapide aperçu de l'histoire de la question des indemnitésmontreraque le svstème proposé parLouisXYIII avaitété longuement médité.

Dès 1702, aux conférences de Francfort, Mallet du Pan demanda aux puissances, de la part de Louis XVI, une déclaration de désintéressement absolu '.

En 1 703, le colonel Mack et les deux délégués de Dumouriez , Thouvenot et le duc de Chartres, convinrent oralement que la place de Condé, une fois livrée aux Autrichiens, ne serait restituée à la France qu'après règlement des indemnités2. Le 5 avril de la même année, le prince de Cohourg, dans une proclamation aux Français, rejette toute pensée de conquête, et déclare qu'il considérera toutes les places qui lui seraient livrées comme un dépôt sacré, devant cesser au rétablissement de Tordre en France3. Dès le 9, aux conférences d'Anvers, Dumouriez n'ayant pas réussi à entraîner son armée dans sa défection, lord Auckland et Melternich forcent Cobourg à rapporter sa proclamation : on parle d'indemnité pour le passé, et de sûreté pour l'avenir; on prendra possession de toutes les places fortes à titre de conquête 4. Au mois de juillet, la ville de Condé est occupée au nom de Sa Majesté Impériale et Royale, et les autorités impériales s'établissent dans la ville; le comte de Provence proteste contre tout projet de démembrement5. En novembre, les habitants de Toulon ayant demandé aux commissaires anglais de faire venir le Régent, il leur est répondu que «ce serait destituer Sa Majesté Britannique, avant l'époque stipulée, de l'autorité qui lui a été confiée à Toulon», et l'on parle encore de sécurité et d'indemnité",

1 Mémoires d'un homme d'Etat, I, p. 411-419.

2 27 mars 1793. — JOitl., II, [>. 219.

3 îbid., II, p. 231-233.

« Ibid., II, p. 238-243.

'• Ihid., II, p. 327-329.

'• Ibid., II, p. 418-420.

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