‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 8 sur 156 · CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 1"94-MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 1"94-MARS

soit faite, au nom des membres de la Convention ou d'autres personnages dirigeants de France, avec des offres de coopérer à la restauration de la monarchie. Il faut en général encourager ces sortes de propositions dans la mesure où vos premières instructions vous permettent de parler d'amnistie et de pardon; vous devez aussi promettre en termes généraux que les services qui vous seront rendus trouveront une récompense proportionnée à leur importance. Mais vous devez prendre soin de ne pas vous engager au nom, de Sa Majesté touchant une modification particulière ou une forme quelconque de gouvernement monarchique que ces personnes pourraient désirer établir; d'un autre côté cependant, vous ne devez pas laisser entendre que Sa Majesté rejette ces modifications ou ces formes quelles qu'elles soient...

« En général, au sujet de vos rapports avec des personnes employées par les gouvernants actuels de la France, je crois utile de vous dire... que vous devez être particulièrement attentif à ne point les mettre à même de nous donner l'apparence d'être engagés dans la négociation d'un traité de paix, ce qu'elles seraient certainement très-désireuses d'insinuer pour susciter des jalousies entre les alliés. Outre cette difficulté générale, vous savez que la conduite et le caractère de M. Barthélémy sont tels qu'il est désirable que des communications de ce genre se fassent par tout autre intermédiaire que lui... »

Un seul point de la réponse de lord Grenville pouvait sembler peu satisfaisant au parti constitutionnel : Mounier avait demandé que, tandis que Ion préparerait à Paris la restauration, les armées alliées cessassent d attaquer les armées françaises, et lord Grenville se refusa à prendre aucun engagement dans ce sens. Mais Mounier ne s'était-il pas montré par trop exigeant ? Les puissances pouvaient-elles, sous prétexte d'aider à l'exécution de l'un des nombreux plans émanés des émigrés, faire cesser les hostilités et compromettre le succès de la campagne prochaine, sur laquelle on fondait tant d'espérances? La prudence ne le conseillait pas.

Dans ces limites, Wickham avait tout pouvoir pour agir, et lord Fitzgerald fut invité à lui ouvrir les crédits nécessaires. Mounier n'avait pas soulevé la question des indemnités à offrir

aux allié»; l'Angleterre, de son côté, la réservait tacitement et ne répétait même pas les termes de la déclaration de 1793 qui prêtait aux interprétations fâcheuses. On l'avait accusée de soutenir un prétendant autre que le roi légitime : lord Grenville parlait du parti orléaniste avec dédain, et affirmait que la seule chance de paix se trouvait dans le rétahlissement de l'ancien régime. Enfin, dans une question délicate entre toutes, celle de la constitution intérieure de la France, il suggérait à peine quelques principes généraux, sans vouloir jamais aborder les détails d'application. En fait, tout ce que Mounier avait demandé était accordé : on le prenait au sérieux et l'on se disposait à négocier.

Muni de ces instructions, Wickham arriva à Berne le 1er novembre; lord Fitzgerald se trouvait à Lausanne, et Wickham, un peu souffrant, ne put aller le rejoindre tout d'abord, mais il se mit sans retard en relation avec Mounier et Mallet du Pan. Ceux-ci n'étaient au fond que des intermédiaires, et les membres du parti constitutionnel qu'ils représentaient, Th. de Lameth et Brémont, refusèrent de s'aboucher avec un agent anglais, craignant qu'une alliance avec l'étranger nejetât quelque discrédit sur leur cause. Mallet et Mounier parvinrent cependant à écarter ce scrupule ; mais les constitutionnels persistèrent à ne rien vouloir révéler à Wickham, tout en exigeant de lui des engagements, tels que la prompte mise en liberté de La Fayette, qui sembla devenir ainsi le principal objet de la négociation'. Aussi, dès ses premiers entretiens avec les constitutionnels, Wickham fut mis en défiance; il reconnut bientôt qu'il ii v avait rien à faire de ce côté. Au dire de Mounier, Lameth s'était assuré des dispositions favorables de Tallien par l'entremise d'une madame de Fontenay; deux agents du Comité de Salut public avaient été successivement en rapport avec Mallet ; enfin ceux des membres du Comité acquis à la cau-.e de la monarchie avaient été mis au courant du mémoire

1 Mémoires de Mallet du l'an, II, p. 99-10G.

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