‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 70 sur 156 · CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1195-JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1195-JANVIER

En se rendant à Vienne, le bailli de Crussol avait une triple mission : demander que Madame Royale fût remise à son Oncle ; réclamer la reconnaissance de Louis XVIII? découvrir les véritables desseins de l'Empereur. On le chargea en outre, quelques jours après son départ de Vérone, de négocier le transfert de la petite cour royaliste à Rottenburg. Crussol reçut un accueil presque mortifiant : dès sa première entrevue avec Tluigut, il vit que rien de ce qu'il demandait ne lui serait concédé. Thugut rassura cependant, en termes positifs, que les Autrichiens avaient la ferme intention de continuer la guerre. « S'il en est ainsi, remarqua malicieusement Macartney, ils feront bien de faire la guerre en même temps qu'ils la continueront '. » Vérone vit dans ces assurances un symptôme de défection plutôt qu'un engagement sérieux; on s'attendait à ce que la Sardaigne conclût la paix d'un jour à l'autre : Devins prétendait même que ses soupçons à cet égard étaient l'une des raisons qui le forçaient «à agir comme il le faisait» , autrement dit à ne point agir.

Louis XVI II fut consterné par les nouvelles qu'il reçut de Vienne ; rebuté dans son projet de jouer en Europe le rôle d un souverain reconnu et malheureux, il songea de nouveau à aller combattre dans les rangs des gentilshommes rovalistes :

« L'Angleterre se trouve comme l'Europe entière à la fin du dixhuitième siècle, tandis que la France, en moins de six années, est revenue à la fin du seizième et peut-être à une époque encore plus éloignée... Ma situation est semblable à celle de Henri IV, sauf

qu'il avait beaucoup d'avantages que je n'ai pas Supposé que

mes fidèles sujets obtiennent un tel secours que je n'aie qu'à me présenter pour receveur ma couronne, je pourrai par là acquérir la considération personnelle qui n'est peut-être pas nécessaire à un roi du dix-huitième siècle, mais qui est indispensable pour un roi du seizième comme je le suis-. »

1 Lor.l Macartnev à lord Grenville, 28 septembre 1795.

2 Louis XVIII au duc d'Harcourt, 28 octobre 1795. — British Muséum, Mss., Add. 7972.

Avant tout, il se préoccupait de rentrer en France avec gloire, et non après que les dangers seraient passés; sinon, disait-il, « mon règne sera peut-être tranquille par la lassitude générale, mais je n'aurai point construit d'édifice solide» . La Vendée était l'objet de ses plus ardents désirs.

A Vérone, dans l'entourage du roi, et à Mùllheim, près du prince de Condé, on pensait que la présence de Louis XVIII serait plus utile à l'armée de Condé. Déjà, lors du refus du margrave de Bade de recevoir Louis XVIII dans ses États, Condé avait écrit, le 10 septembre, à l'évêque d'Arras une lettre fort vive où il réclamait énergiquement que le roi se rendit au sein de son armée ; son ton impliquait bien un peu que Louis XVIII ne mettait pas à réaliser les vœux de ses sujets toute la bonne volonté qu'il affectait dans ses communications officielles avec les gouvernements étrangers . mais Condé n'était pas le seul à soupçonner son maître de quelque faiblesse de cœur '. Il ne s'agit pas, disait ce prince, de s'envelopper dans une prétendue dignité, de suivre strictement les règles de 1 étiquette de Versailles, d'attendre l'autorisation du cabinet de Vienne : il faut sortir de l'apathie et venir à moi pour rendre aux royalistes une nouvelle vigueur, une nouvelle cohésion. L'Autriche n'osera pas enlever le roi à mon armée : il faut la mettre en présence d'un fait accompli.

Mais ne sera-ce pas s'aliéner à tout jamais la cour de Vienne, toujours jalouse de voir les corps royalistes rester sous sa tutelle? ne sera-ce pas sacrifier Madame Royale à ses ambitions? se disait Louis XVIII, d'ailleurs peu porté par sa nature à s'exposer au sort des armes. Néanmoins, un argument puissant militait en faveur des propositions de Condé : ce prince, depuis quelque temps, passait aux yeux du public pour un général autrichien plutôt que pour un prince français; la présence du roi auprès de lui modifierait promptement le sentiment du peuple à son égard :

Voir aux Piècet justificatives, N et 0.

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