‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 71 sur 156 · CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1973-JANVlEfl H · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1973-JANVlEfl H

(. J'ai toujours essayé de mon mieux de décourager ou de retarder l'exécution de toute mesure importante à laquelle on songerait ici

sans avoir d'abord consulté ma cour, dont le droit, sur ce point, doit toujours être respecté; mais par la lecture des documents

que je vous envoie1, par la situation de leurs auteurs, Votre Seigneurie verra tout de suite quelles difficultés délicates je rencontre à combattre des idées qui, pour être romantiques et irrégulières, n'en sont que plus chères. Certes la position du malheureux prince auprès duquel je réside est si triste qu'il serait à désirer de pouvoir lui en procurer une autre pins convenable, parce que jusque-là son esprit sera continuellement distrait par une variété de projets etde rêves en vue dV parvenir. Si la saison était moins avancée, je ne serais pas certain que, dans un mouvement précipité, il n'adoptât la proposition du prince de Condé, et ne rejoignît son armée en qualité de simple gentilhomme français. La cour de Vienne l'a traité avec si peu de complaisance que je doute qu'il se croie maintenant obligé à user de beaucoup de cérémonie avec elle, et je confesse qu'après la tournure prise par les affaires en Allemagne je ne vois pas pourquoi l'Empereur lui fermerait les portes de Rottenburg, s'il désire toujours d'y résider. Un petit acte de condescendance de la part de la cour de Vienne servirait à atténuer les soupçons injurieux qu'ont sur son compte les principaux personnages d'ici; ces soupçons veulent que l'Empereur, loin de souhaiter une prompte restauration monarchique en France, espère que ce pavs restera longtemps divisé par l'anarchie et continuera de s'appauvrir et de s'épuiser dans des efforts exagérés. de façon à devenir un voisin peu dangereux et impotent. Ces idées sont si sérieusement entretenues par certains politiciens, que je crois pouvoir y découvrir une sorte de déplaisir secret et de jalousie des récents succès du maréchal Clerfavt, que l'on devrait à cette heure considérer comme extrêmement importants.

« La principale raison que l'on donne pour que le roi rejoigne l'armée de Condé est que ce prince n'est guère regardé en France que comme un simple général autrichien, semblable à ceux qui, dans la première campagne d'Alsace, ont pris possession des villes au nom de l'Empereur et causé par là un profond dégoût ; la présence du roi, dit-on, détruirait ces impressions; son but ne

1 Voir aux Pièces justificatives, ~S et 0.

saurait demeurer incompris : Louis XVIII doit recouvrer sou royaume pour lui, non le conquérir pour d'autres'. »

Si Louis XVIII rejoignait Coudé, l'Angleterre perdrait sans aucun doute sur le roi l'influence et l'autorité qu'elle avait tenté d'acquérir jusque-là ; une fois au milieu des Français, il se sentirait affranchi, indépendant. Mais que pourraient tous les efforts de Macartnev pour détourner ce danger, si le cabinet de Vienne suivait ses errements actuels? Chaque nouvelle reçue de Crussol contribuait à raviver les appréhensions de la cour de Vérone, et l'on croyait volontiers que l'Autriche était moins soucieuse de rétablir la monarchie que de laisser la France s'épuiser et se perdre :

« Les rapports du bailli de Crussol sur sa mission à Vienne n'ont pas contribué à diminuer les méfiances... M. Thugut lui a clairement demandé quelle compensation la maison d'Autriche devait attendre du roi de France après sa restauration, si les traités entre la France et l'Autriche existant avant la Révolution seraient remis en vigueur, et si l'on suivrait le même système politique. Le bailli répondit qu'il n'avait reçu aucune instruction particulière sur ce point; qu'il croyait certain cependant que Ton n'apporterait d'autres modifications à l'ancien état de choses que celles que la cour de Vienne approuverait, de concert avec les autres puissances coalisées2. »

1 Lord Macartnev à lord Grenville, 15 novembre 1795. — Reçu à Londres le 18 décembre.

2 Lord Macartnev à lord Grenville, 15 novembre 1795. Le passage suivant est piquant :

« Comme le rapport du bailli sur la cour de Vienne est assez curieux, je vais le reproduire, quoique Votre Seigneurie ait certainement des informations beaucoup plus précises venant de meilleures sources. Il dit que l'Empereur et son épouse vivent loin du monde, dans un état d'affection infantile [infantine fondnesi) l'un pour l'autre, sans paraître apprécier aucune autre société que la leur. Le prince Colloredo et un Français, M. lînllin, habitent le palais et jouissent, dit-on, au plus baut degré, de leur confiance. On leur soumet toutes les notes, les plans et les projets de M.Tbugut, qui voit rarement l'Empereur; on les lui renvoie alors avec des remarques, des modifications, des additions, et il les remet pour en assurer l'exécution à M. Pelin, son secrétaire, un Français qui a rempli les mêmes fonctions auprès de M. de Mirabeau, après la mort duquel il a passé au service de M. d • Mercy; celui-ci l'a légué à M. ïbugut, monu-

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