CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1795-JANVIEB H96. lia
Indemnité et alliance autrichienne : voilà ce que demandait Thugut. On connaît déjà le sentiment de la cour de Vérone sur le premier point; quant au second, Févéque d Arras soumit à Macartnev un système politique qui avait probablement reçu l'approbation préalable de Louis XVIII, puisque ce prélat en parlait à cœur ouvert avec le représentant de l'Angleterre. Il ne s'agissait de rien moins que de rejeter pour jamais l'alliance autrichienne, si coûteuse à la France durant le dix-huitième siècle, et de lui substituer une alliance intime avec la Grande-Bretagne1 :
« Les plans de l'évêque vont plus loin; il dit qu'après mûre réflexion, il est convaincu que la politique la plus sage pour la France serait de briser ses traités avec l'Autriche et de s'unir étroitement à l'Angleterre en lui donnant tous les avantages commerciaux désirables. Il désire essayer ce système qui ne saurait être aussi préjudiciable à la France que l'a été l'alliance autrichienne. Il ajoute que, depuis plus de deux siècles, du milieu du quinzième à la fin du dix-septième, la France et l'Angleterre ont généralement été en bons termes, et qu'il ne voit maintenant aucune raison politique les empêchant d'en faire autant, tandis qu'il en voit beaucoup pour les y inviter, la générosité de notre conduite nous avant créé des droits à un retour très-libéral. En outre, il croit que ce sera leur intérêt commun et nécessaire, an moins pour de
mentum et pignwt amoris. M. Thugut, attentif aux événements et soucieux de faire sa fortune, va tranquillement son chemin, sans montrer aucune jalousie, aucun mécontentement, sans trébucher devant aucune des difficultés qu'il rencontre dans cette voie. C'est un Autrichien placide, fortement imbu du système de vaste cupidité (all'grasping) imputé à la cour de Vienne. Tel est le tableau que fait M. de Grussol; mais je suis sûr qu'il est inutile de faire observer à Votre Seigneurie qu'il ne faut jamais accepter sans hésitation ni réserve les rapports des Français sur les personnes ou sur les affaires, les peintres de cette nation étant généralement plus soucieux de faire ce qu'ils appellent un bon tableau que de saisir la ressemblance. »
1 II convient de rappeler ici que, le 25 janvier 1792, Tallevrand proposa à Pitt une alliance franco-anglaise, moyennant des modifications au traité de commerce et la garantie des Indes britanniques. Pitt lui répondit que cette alliance était très-désirable, mais qu'elle ne pourrait se conclure qu'une fois la Révolution terminée et le fonctionnement de la Constitution assuré. — Mémoires d'un homme d'Etat, II, p. 113 et suiv.
longues années à venir, d'être unies, car, par re moyen, la France aura le temps de guérir de la fièvre (jui l'a dévorée, et l'Angleterre sera libre de poursuivre sans interruption l'exécution de ses plans pour l'amélioration de ses finances et la réduction de ses dettes1. Il semble sentir la justice d'une compensation pour nos dépenses et nos efforts dans la lutte actuelle; j'ai tâché de le pénétrer profondément de cette idée, comme de la nécessité de faire d'autres sacrifices pour d'autres puissances, lorsque j'ai vu la confiance avec laquelle il affectait de me parler; mais je ne dois pas dissimuler à Votre Seigneurie ni me dissimuler à moi-même que toute cession ou renonciation à une ancienne acquisition en faveur de la maison d'Autriche sera difficile à digérer (a inatter of hardi dhj estion), bien queje voie fort pende moyens de satisfaire autrement cette dernière. u Je n'ai pas caché à l'évêque mon opinion que, par suite de divers succès accidentels dans la diplomatie et la guerre, la France s'était étendue et agrandie peut-être au delà de ses véritables intérêts, et que l'une des nombreuses raisons qui nous font continuer la guerre contre la Convention, raison que l'on pourrait aussi considérer comme une puissante preuve de notre sincérité à l'égard de la cause du Roi, était une résolution inébranlable de ne jamais tolérer la moindre mention de leur sauvage projet de prendre le Rhin pour frontière; que, sachant bien que la source de ce projet était dans l'acquisition accidentelle de l'Alsace, puis de la Lorraine, nous étions parfaitement sur nos gardes contre une idée si monstrueuse, et ne pourrions jamais en entendre parler sans la désapprouver formellement. Si l'équilibre européen devait être ainsi détruit, peu importe que cela se fasse sous une république ou une monarchie. « Votre Seigneurie 'me pardonnera et me donnera ses ordres, si j'ai été trop loin dans cet entretien ; mais, comme l'évêque s'attend à avoir et aura probablement dans le futur cabinet une part aussi considérable que celle qu'il semble avoir maintenant dans les conseils, j'ai cru qu'il n'était pas inopportun de lui exposer certains principes, dont il pourrait peut-être, à un autre moment, affecter d'être surpris, et qu'il serait moins disposé à admettre. Je ne puis prendre sur moi d'aflirmer qu'il me dévoile ses véritables
1 Une lettre du comte d'Avaray au comte de Blangy, datée du '.) novembre 17!)"». approuve l'idée d'une alliance franco-anglaise, défensive, offensive et commerciale, après la restauration; elle ajoute que les princes y sont favorables. — Britisli .Mu-' uni, M>».. Add. 8065.