‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 73 sur 156 · CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1795-JANVIER 1196- liT · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1795-JANVIER 1196- liT

sentiments i>n qu'il les simule; mais sa façon d'agir esl franche, amicale, et son langage semble trop sérieux pour être faux. C'est un politicien de caractère et d'éducation, et, sans avoir l'air d'un courtisan, il en a les manières et les procédés; dans i.i discussion de certains points sur lesquels nous étions en désaccord, je l'ai vu tourner avec une souplesse et. une dextérité que je a'atten lais pas de la fermeté de son langage et des premières confidences qu'il m'avait faites de ses opinions '. »

Les deux interlocuteurs avaient un sens très-net de la situation où les guerres du dix-huitième siècle allaient laisser la France. L'Angleterre, après plusieurs siècles de lutte, avait réussi à briser tout ce quelle redoutait : l'empire colonial français. Affaiblie à l'intérieur, la France ne pourrait plus, pendant bien des années, poursuivre son système de conquêtes continentales : ce quelle chercherait, ce serait de maintenir tant bien que mal l'équilibre européen. Désintéressée de toute annexion en Europe, désormais garantie contre sa rivale séculaire, l'Angleterre allait également donner libre cours à la politique conservatrice où l'invitent sa situation, ses intérêts. Un rapprochement entre les deux puissances était naturel : l'évèque d'Arras promettait des concessions commerciales; mais, en première ligne, il faudrait renoncer au Rhin, frontière que la Grande-Bretagne considérait comme une idée « monstrueuse » et « sauvage » , aux ports des Pavs-Bas autrichiens, à ceux de la Hollande ; moyennant quoi, l'Angleterre protégerait la France contre les ambitions déréglées de ses voisins, pour se conserver en terre ferme une alliée, une sentinelle.

L'Angleterre préparait de longue main cette alliance en dispensant ses faveurs sur la cour de Vérone : en novembre 1705, elle était encore la seule puissance qui eût donné à Louis XVIII quelque marque d'attention. La Russie, malgré ses promesses déclamatoires, n'avait pas notifié aux cours étrangères la reconnaissance des titres de Louis XVIII, et ne l'avait même pas confirmée en accréditant un ministre auprès

1 Lord Macartney à lord Grenville, 15 novembre 1795.

l is L'ANGLETERRE F.T L'EMIGRATION FRANÇAISE.

de ce prince. Xi le Pape, ni le roi de Naples, ni même le roi de Sardaigne ne semblaient s'apercevoir de la présence du prétendant en Italie1. Quant au cabinet de Tienne, il poursuivait le cours de ses intrigues sans se préoccuper autrement de Louis XVIII, qui n'était pour lui qu'un gêneur importun.

Dès le mois de juillet 1793, la Convention avait cherché à se débarrasser des membres de la famille rovale emprisonnés à Paris : elle envoya auprès des cours de Xaples et de Toscane Maret et Semonville, avec mission de négocier un échange. Arrêtés par des agents autrichiens à leur passage en Italie, ces deux émissaires ne turent pas relâchés, quoique des preuves écrites eussent dévoilé la nature exacte de l'entreprise dont ils s'étaient chargés. Le gouvernement autrichien trouva dans les bagages de Semonville de l'argent et des bijoux appartenant à la famille royale : il s'en empara et les mit sous séquestre ; il v en avait pour une valeur de 800,000 francs, suivant l'estimation faite à Vienne, 2,400,000 francs, d'après les royalistes3. C'était un premier gage.

Plus tard, après de longues hésitations, l'Autriche se décida à appuyer, la négociation ouverte par la légation américaine, sur l'initiative de Boissy d'Anglas, pour la délivrance de Madame Rovale, fille de Louis XVI3. Quelques instants avant sa mort, le père de cette princesse l'avait solennellement fiancée au duc d'Angoulême ; l'Autriche cependant cherchait à l'éloigner de sa famille paternelle. Louis XVIII demanda à la cour de Vienne que sa nièce lui fût confiée, dès sa sortie de France.

La cour de Vérone appréhendait un refus de la part de lEmpereur : la loi salique, applicable au royaume de France, ne l'était pas anciennement au royaume de Navarre; un édit

1 Lonl Macartney à lord Grenville, 15 novembre 1795.

- Louis Blanc, Révolution française, IX, p. 385. Cela n'empêcha paj I' \ntriche de refuser à Louis XVIII toute subvention régulière. — Lord MacartiK \ .1 lord Grenville, 9 décembre 1795.

• Mémoires de Louis XVJIJ, VII, j>. 73.

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