‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 76 sur 156 · CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1795-J ANV1F.R · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — SEPTEMBRE 1795-J ANV1F.R

habituelle, quelques émigrés avaient peut-être laisse échapper le secret; comme, d autre part, on nourrissait sans aucun doute à Vérone des desseins qui ne pouvaient que déplaire à la cour de Vienne, celle-ci avait tout lieu de se montrer réservée :

d J'ai entendu ensuite chez moi des fragments de conversation entre le comte d'Avaray et M. Duverne de Presle: ils parlaient de la possibilité de transporter la princesse en Vendée, et Bayard, avant son dernier voyage à Paris, m'a dit que M. d'Avaray lui en avait parlé. Je lui répondis de s'occuper de ses affaires et lui demandai s'il ne serait pas bien plus aisé et plus utile pour la cause commune d'amener Gharette à Paris que de conduire la

princesse à Charette Il est possible que quelque indiscrétion

de cette espèce soit parvenue à la connaissance de la cour de Vienne1. »

Les royalistes étaient cependant d'accord sur un point : la nécessité de soustraire Madame Royale à finlluence de l'Autriche. Cette puissance ayant certainement des vues particulières sur la princesse, un conflit allait surgir, d'autant plus aigu que les prétentions de l'Empereur se heurtaient aux droits indéniables de Louis XVIII sur une personne de sa famille.

Le 20 décembre, après trois semaines d'attente infructueuse, d Avaray revint à Vérone. A Innsbruck, il avait d'abord rencontré un accueil plein de civilité : tant et si bien qu'il avait chassé de son esprit toute appréhension de ne pouvoir s'acquitter de sa mission. Mais, tandis qu'on le caressait ainsi, un courrier avait été expédié à Vienne pour informer l'Empereur du but que poursuivait d'Avaray : l'Empereur aussitôt envoya des ordres au prince et à la princesse de Gavre, chargés de recevoir la princesse à Bàle, pour que personne ne vît Madame Fiovale sur la route. Ce fut un coup de foudre pour d'Avaray ; voyant qu'il n'avait rien à l'aire désormais, il quitta Innsbruck ~.

1 ^"ickham à lord Grenville, 5 janvier 1796.

2 Lord Macartney à lord Grenville, 23 décembre 1795.

loi L'ANGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.

Ce procéda de 1 Empereur fut extrêmement sensible à Louis XVIII : non-seulement on lui refusait sa nièce, mais on 1 empêchait même de communiquer aucunement avec elle. La proscription qui avait frappé d'Avaray s'étendait jusqu'au grand-oncle et à la tante de Madame Royale, l'électeur de Trêves et la reine de Naples. A Vienne enfin, la duchesse de Gramont, fille du duc de Polignac, avait exprimé dans un salon tout le plaisir quelle aurait à présenter ses devoirs à Madame Rovale : on lui fit entendre qu'il ne fallait pas être trop confiante, « la princesse avant peut-être le désir de ne voir aucun Français, quel qu'il fût1» . D'ailleurs, on ne savait pas encore exactement si Madame Rovale irait à Vienne ou à Madrid :

« ...On fait ici diverses hvpothèses sur ce sujet si mystérieux : d'après l'une, l'intention de la cour de Vienne serait de garder Son Al 'esse Royale à l'écart, jusqu'à ce qu'elle ait adopté une décision pour elle-même et approuvé l'usage que l'on fait de l'argent et des bijoux pris sur M. de Semonville et actuellement détenus par l'Empereur, ou jusqu'à ce qu'on l'ait mariée. Après tout, il n'est pas encore certain qu'elle soit mise en liberté ni qu'on la donne à la cour de Vienne plutôt qu'à la cour de Madrid; on dit que Tallien a fait quelque promesse dans ce sens au temps de la paix avec l'Espagne; on croit que cela embarrasse les gouvernants actuels de la France, et que c'est la raison véritable de la détention prolongée de la princesse '. »

Macartney lui-même pensait que la cour de Vienne aurait pu, sans changer de politique, employer des procédés moins irritants, et, si l'on se place au point de vue exclusif des royalistes, on ne peut que partager son opinion. Wickham au contraire, plus sceptique et mieux renseigné dans l'ensemble, accueillit avec un certain dédain les plaintes exhalées par d'Avaray dans une lettre du 25. Il était porté à croire que la conduite de l'Empereur s'expliquait par le manque de tact des

; Lord Macartney à lord Gienville, Vérone, 23 décembre 1793. — lieçu à Londrei le 24 janvier 1 7'K>.

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