CHAPITRE v. — SEPTEMBRE I795-JANV1EB
émigrés et par leur projet d'arracher la princesse à l'Autriche, bien que lui-même ne comprit pas entièrement pourquoi les agents de l'Empereur s'étaient refusés à admettre auprès d'elle, m* nie en public, « l'envoyé de son oncle, de son tuteur et de son souverain ' » .
Le -i décembre enfin, Madame Royale fut remise aux Autrichiens. Wickham annonça la nouvelle en termes discrets, indiquant sommairement les diverses explications que Ton donnait de la politique autrichienne, et se déclarant d ailleurs mal informé :
« La princesse rovale de France a été échangée le 24 décembre
au soir Il ya tellement de mystère dans toute cette affaire, et
je vous sais si totalement privé de renseignements certains, que je me contenterai de vous transmettre quelques lettres sans faire d'observations.
« Je dirai seulement que Ton attribue le retard apporté dans la négociation à deux causes : l'une, le refus de la cour de Vienne de rendre les bijoux pris sur M. de Semon ville; l'autre, la persistance de l'Empereur, durant toute la négociation, à qualifier la puissance avec laquelle il traitait de nation française , tandis que les autres voulaient que l'on employât le mot république.
« Il y a lieu de croire que l'on a cédé sur le premier point, non sur le second (?) -.
«Je saisirai une autre occasion de communiquer a Votre Seigneurie quelques observations sur la conduite de la cour de Vienne et son refus de permettre à qui que ce soit de la famille royale de voir la princesse à son passage. Quelques faits sont parvenus à ma connaissance qui semblent justifier cette mesure jusqu'à un certain point, et qui en tout cas la rendent bien moins dure et moins extraordinaire qu'elle ne le parait autrement3... »
Wickham se mit aussitôt en quête de renseignements
1 Wickham à lord Grenville, 5 janvier 1796.
- There is reason to believe tliat ihe first point was yielded, notthe second. - Par qui'.' Wickham ne le dit pas.
;! Wickham à lord Grenville, 3 janvier 1795. — Reçu à Londres le 21 mars.
sur cette affaire, et, le 12 mars l~(.H),il envoya à Grenville un rapport détaillé.
Le gouvernement français n'ayant pas permis à madame de Tourzel de suivre la princesse, ce fut une madame de Soucy qui la remplaça. Amie de madame Benezech, femme du ministre de l'intérieur, madame de Soucy avait appris par cette dame que la main de la princesse était destinée à un archiduc. Dès quelle sut ce dont il s'agissait, la pensée vint tout naturellement à madame de Soucv que ce mariage avait été stipulé dans un traité franco-autrichien, et que l'on voulait rétablir la monarchie en France avec une reine et un archiduc, à l'exclusion de la famille royale '.
Royaliste pure, madame de Soucy n'entendait pas s'associer à une telle combinaison ; elle invita la princesse àécrire à son oncle une lettre où elle s engagerait à n'épouser personne sans le consentement du chef de la famille. Cette idée fut agréée de Madame Royale; mais la difficulté était d'écrire et d expédier la lettre en question. On s'avisa d'un stratagème : à son passage à Laufenburg, la princesse demanda pour confesseur un prêtre émigré, connu de madame de Soucv; ce fut lui qui lui fit écrire la lettre : Madame Royale promettait sa main au duc d'Angouléme 2.
Cléry, l'ancien valet de chambre de Louis XVI, porta la lettre à \. érone, d'où on le renvova à Vienne. Le jour même de son arrivée, madame de Soucy fut invitée par le gouvernement autrichien à quitter la ville, parce qu'elle avait appris à Inns-
Dans deux dépêches du 13 octobre 179Ô et du 6 janvier 179G, Wickham parle en termes obscurs de relations suivies entre Pelin et Pontécoulant; rien n autorise cependant à affirmer qu'il était question entre Vienne et Paris d'une restauration monarchique, sous quelqus forme que ce soit.
2 C'est ainsi que Wickham racontait les choses le 12 mars; mais, le 8 avril, il envoya à Londres un rapport de Bavard où se trouvait l'analyse de la lettre de Madame Royale, faisant remarquer qu'elle ne semblait contenir « aucune promesse Formelle de ne pas se marier contre la volonté de Sa Majesté ou sans ioa consentement. Mais l'expression de son désir de vivre avec Bà Famille a et< interprétée comme contenant implicitement cette promesse. » Voir aux / r justificatives, P, le rapport de Bayard.