‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 9 sur 156 · CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 1794-MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE 1794-MARS

le Mounier à lord Gren ville. Mais Wickham ne tarda pas à lécouvrir qu'il n'y avait rien de sérieux dans toute cette inrigue : les négociations avec les membres du Comité ou de la Convention étaient imaginaires ou pour le moins très-exagépes. Lameth avait bien écrit à madame de Fontenay pour la )rier d'agir auprès de Tallien , mais il n'avait pas eu de ré- »Onse : Mounier et Mallel furent contraints de l'avouer.

Dans ces conditions, les pouvoirs conférés à Wickham dévêtaient sans objet. Sans adresser de reproche à ceux qui avaient insi leurré le cabinet de Londres, Wickham leur refusa toutes vances d'argent; il était d'ailleurs astreint à une grande réserve, ar Barthélémy était au courant de toutes ces menées et aurait »u faire naître des complications avec le canton de Berne en éclamant l'expulsion des personnes qui y étaient compronises. Mais, tout en affectant de renoncer à un rôle dirigeant lans celte affaire pour sauver les apparences et garder sa iberté d'action, Wickham communiqua à Mounier et à Mallet es notes en réponse au mémoire du 23 septembre ; il leur •ffrait ainsi un appât qui les amènerait peut-être à engager [uelque négociation sérieuse, et réservait à son gouvernement a faculté d'intervenir sitôt que les premiers jalons auraient été •osés assez solidement. Cette tactique, facile à concevoir et à •xécuter dans un cabinet de diplomate, ne pouvait en aucune n convenir à la situation : il s'agissait en effet de mettre mouvement des hommes résidant à Paris, à portée du Comté de Salut public ; la moindre indiscrétion pouvait les conduire à la guillotine. Mounier et Mallet répondirent, avec, beaucoup de raison , qu'avant de faire agir leur parti il leur allait des promesses certaines de Londres et de Vienne. Wickham ne comprit pas le motif de cette attitude ; il pensa me l'on voulait exploiter son gouvernement, et ne cacha >as à lord Grenville qu'il se défiait, qu'il croyait voir chez ces hommes unmanque absolu de bonne foi '.

1 13 novembre 1794.

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Meunier cependant était véritablement désireux de ne pas rester inactif. Le 16 novembre, il écrivit à lord Grenville, avouant les erreurs de son premier mémoire, et l'attribuant à Mallet du Pan, qui, disait-il, avait monté l'affaire presque à son insu'. Il n'en est pas moins vrai, ajoutait-il, que Paris traverse une crise, et que, si l'on n'a pas à sa disposition tous les éléments que l'on pensait avoir pour mettre cette crise à profit, rien n'empêehe de chercher à se les procurer ; et, revenant à l'idée de faire faire des avances à ses amis par le gouvernement anglais, il proposait d'envoyer un agent à Paris pour étudier les dispositions des membres de la Convention. Ce projet fut également soumis à Wickham, qui le repoussa; ses préventions naturelles contre le parti constitutionnel avaient été singulièrement accrues par la réserve dont on avait voulu user à son égard. Aussi persista-t-il dans son refus d'envoyer un agent à Paris ou de fournir des fonds, alléguant que ses instructions l'autorisaient à recevoir des offres, non à en faire. Son attitude devint tellement froide, que Barthélémy acquit la conviction que les intrigues du parti Lameth avaient pris fin; Wickham réussit à dicter lui-même la réponse à une lettre de l'ambassadeur français, et, bien entendu, l'encouragea dans cette idée.

« Je considère ma mission comme absolument limitée au sujet traité dans le mémoire transmis par M*** » , écrivait-il le 8 décembre; mais il laissait cependant entrevoir à lord Grenville qu'il serait possible d'ouvrir une correspondance avec Paris, sans compromettre le gouvernement anglais et sans se mêler aux intrigues des constitutionnels.

Après ce qui s'était passé, les relations de Wickham avec Mounier et Mallet ne pouvaient qu'être assez gênées : « Ils

1 Celle allégation de Mounier paraît peu fondée; on a vu en effet fjue Mallet du Pan dans son mémoire s'était borné à critiquer la politique des puissances, laissant ;'i Mounier le soin de présenter un plan d'action. Des lettres de Mallet montrent qne tous deux étaient également au courant de l'affaire, mais totis deux à titre de simples intermédiaires entre Lameili et Wickham. [Mémoires, II, p. 102.)

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