‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 80 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Attitude expectante de l'Angleterre. — Ouvertures de paix I .il tes à la France. — Situation générale île la cause royaliste. — Expulsion de Louis XVIII Je Vérone.

(Décembre 1795-avril 1796.)

L'année 17DG est dans les rapports de l'Angleterre avec 1 émigration une année de transition et d impuissance : elle s'ouvre par des propositions de paix laites par YViekham à Barthélémy, et se termine par un arrêt complet des négociations avec les royalistes de l'intérieur, sans qu aucune tentative sérieuse ait pu être faite.

L'insuccès complet auquel avaient abouti tous les efforts de l'Angleterre en 1795, la mauvaise volonté que l'Autriche n'avait cessé de témoigner pendant la dernière campagne, les divisions des royalistes, leurs défiances contre leurs protecteurs les moins intéressés, tout se réunissait pour détourner le cabinet de Londres de rester dans la coalition. Mais Pitt avait conçu une telle haine contre la Fiévolution française, que la guerre eût continué sans aucun essai de conciliation de sa part, s'il n'avait craint de se voir violemmentattaquéauseindu Parlement britannique par une opposition à laquelle les échecs répétés des alliés ne donnaient que plus de force, et qui puisait sa popularité dans les charges énormes, et en apparence inutiles, que la guerre imposait au peuple anglais.

Les dernières nouvelles données par Wickham, celles que l'on tenait de sir Morton Eden, avaient donné au cabinet de Saint-James les plus vives appréhensions ; on ne croyait plus à l'Autriche, on craignait pour la situation de Wickham

en Suisse, à la suite de l'arrestation de Bésignan1. Le moment semblait venu de sonder les dispositions du Directoire; mais, par un reste de pudeur, on n osait pas encore s'adresser à lui, soit directement, soit par l'intermédiaire dune puissance neutre.

La session parlementaire vint heureusement fournir un moven de faire connaître au gouvernement français les intentions pacifiques de la Grande-Bretagne, sans compromettre la politique du cabinet de Londres : un message royal exprima le désir qu'avait Sa Majesté Britannique d'arriver à la conclusion d'une paix sérieuse3. Grenville en envoya le texte aux agents diplomatiques à l'étranger, en faisant remarquer que, sans être une invitation formelle à traiter, ce message, en tant que manifestation publique des sentiments de l'Angleterre, permettait éventuellement l'ouverture d'une négociation 3 .

On pouvait, avec quelque raison, douter qu'il existât chez le Directoire des dispositions vraiment conciliantes, mais la France tout entière semblait désirer la paix, et Grenville crovait répondre au sentiment général.

Des le 18 décembre, le chef du Foreign-Office adressa au duc d'IIarcourt une note rédigée dans ce même sens ; il considérait cette communication comme « un acte de bonne foi et de bonne politique » . Il ajoutait que le départ de Monsieur de l'île d'Yeu avait été résolu sur les sollicitations de son entourage, que le roi n'avait pu laccueillir en Angleterre pour « des raisons bien connues » , mais lui avait donné des appartements à Hoivrood. Enfin, malgré ses doutes sur la prompte conclusion de la paix, Grenville autorisa Macartney à prendre un congé.

La Grande-Bretagne ne faisait qu'une avance bien timide à

1 Lord Grenville à Wickbam, 25 décembre 1795.

- 8 décembre J7'.)5. — Voir le teste du message cLins VÂnnual Register de 170.').

3 Lord Gienville à lord Macartney, 99 décembre 17!)5.

Page 1