‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 81 sur 156 · CHAPITRE VI. — DECEMBRE I795-ÀVR1L · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — DECEMBRE I795-ÀVR1L

ia France, et, pour ménager ses alliés, elle s'efforçait d'atténuer encore la portée des déclarations du roi. Peut-être eût-il été plus habile de la part des ministres anglais, s'ils voulaient au fond continuer la guerre, comme il le semble, de simuler de véritables offres de paix : en effrayant les alliés, cette mesure leur eût donné l'énergie et l'union qui avaient toujours manqué. Le moyen terme auquel ils avaient recours n'aurait-il pas pour unique résultat de paraître en Angleterre simplement insuffisant, en France, ridicule, et ailleurs, déclamatoire? Ce n'était guère qu'une satisfaction de pure forme donnée à l'opposition. A Vérone, au dire de Macartnev, on n'ajouta aucune foi à la probabilité d'une paix franco-anglaise; Louis XVIII lui-même ne fut pas aussi affecté qu'il l'eût été par une démarche sérieuse; il croyait impossible qu'un gouvernement honnête négociât avec les énergumènes de Paris, dont « l'arrogance et l'immoralité « lui paraissaient incompatibles avec r la raison et l'équité « qui doivent présider à la signature d'un traité loyal. Louis XVIII profita seulement de l'occasion pour renouveler au gouvernement britannique l'assurance de sa profonde gratitude et de sa parfaite confiance '.

Cette opinion que la paix n'était point possible se retrouve dans une lettre de d'IIarcourt à Puisave; d'Harcourt ajoutait même ce que l'on ne pouvait dire à Macartnev, ce que Macartnev n'aurait pu répéter à ses chefs : elle n'est pas voulue :

« Je suis autorisé, Monsieur, par S. À. K. Monsieur, à vous faire remettre la lettre que j'ai l'honneur de vous écrire pour vous faire connaître l'esprit de la note de milord Grenville , ministre des affaires étrangères, que vous recevrez par la même occasion.

« V Angleterre ne veut pas faire lu paix; le départ du convoi des îles, dont une partie doit y être arrivée à présent et dont une autre partie se rembarquera incessamment, en est une preuve.

« Le voyage du maréchal de Clerlayt à Vienne pour concerter le plan de campagne, les courriers partis pour notifier aux puis-

1 Lord Macartnev à lord Grenville, Vérone, 31 janvier 1796.

sauces les intentions hostiles de celle-ci , les dispositions qui se font partout pour opérer de bonne heure, confirment le projet décidé de pousser la guerre avec vigueur et de faire sur tous les points une campagne offensive. Mais, connue les succès dépendent des événements, le ministère, qui veut se mettre à couvert de toute inculpation de l'opposition, s'est décide' èi vous faire passer sa lettre pour qu'elle soit entre vos mains une preuve qu'il vous a prévenu sur les hasards toujours incertains de la guerre, en même temps qu'il vous fait passer les secours successifs promis, qu'il vous continuera. Cette explication vous démontrera que cette démarche, uniquement motivée sur sa bonne foi, doit vous prémunir contre toute fausse interprétation de ses dispositions.

u Monsieur me charge de vous mander qu'il suffit que vous conserviez cette lettre pour vous seul, sans aucune publication, parce que le secret absolu écartera toute inquiétude sur la durée de la guerre, qui aurait l'inconvénient de présager une paix a laquelle l'Angleterre est très-loin de penser, et que la situation même de la prétendue République suffirait pour faire rejeter, tant que la France n'aura pas un gouvernement stable, qui ne peut avoir lieu que lorsque l'autorité du souverain légitime sera rétablie l, »

L'apparent esprit de conciliation dont faisait preuve le cabinet de Londres n'était donc qu'une feinte, destinée à affermir sa situation parlementaire et à accroître son influence sur la coalition. Assez habile pour s'être fait déclarer la guerre, Pitt voulait prouver à l'univers que ses visées humanitaires et pacifiques ne pouvaient rien contre l'ardente persistance du Directoire à continuer les hostilités; il espérait se concilier du coup l'opinion publique, surtout en France et en Angleterre. C'est là le vieux jeu des gouvernements qui font la guerre : bien que trop connu, il n'est pas toujours inefficace.

Au message royal anglais répondit un message directorial

1 Leduc d'Harcourt à Puisaye, Londres, 16 ou 19 février 179(5. — liiilish Bloseam, M-».. Add. 7974. — Cependant Lally-Tollendal écrivait à Mallet du Pan le 10 janvier 1796 : « Le premier vœu de M. Pitt est très-certainement la paix, et Fox lui-même dit tout bas à ses amis qu'il croit aujourd'hui son rival sincère dans le projet de terminer la guerre. » Mémoires de Mollet du l'un, II, p. 199-200.

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