CHAPITRE VI. — DECEMBRE I705-AVR1L lT!i
français ' : il affirmait avec raison que 1' Angleterre n'avait parlé <le paix que pour décourager 1<^ préparatifs militaires de la République.
La malice du Directoire ne laissait pas que «le rendre la situation désagréable; les ministres anglais se virent forcés daller un peu plus loin qu'ils ne lavaient d'abord voulu : il fallait à tout prix avoir le dernier mot dans celte lutte courtoise de nobles sentiments. Grenville ordonna à Wickham d'adresser une note à Barthélémy*. Si par hasard celte ouverture était accueillie, on serait toujours à temps de rompre en élevant des prétentions exagérées. En attendant la réponse, on activerait les armements. Mais une réponse écrite devrait seule rire admise : aucune négociation entamée, aucune entrevue acceptée.
On sait le sort qui était réservé à cette démarche de la cour de Londres : la probabilité d'une paix avec l'Autriche, celle d'une alliance offensive et défensive avec l'Espagne firent espérer au Directoire que, débarrassé de ses ennemis du continent, il pourrait tourner toutes ses forces contre l'Angleterre ; il avait d'ailleurs pour principe de traiter séparément avec chacun des alliés, et non d accéder au projet anglais d'un congres international où il se trouverait seul contre tous. Aussi se décida-t-il à rejeter toute idée de négociation immédiate.
Une note de Barthélémy, en date du 20 mars, se fonda, pour décliner les offres de Wickham, sur ce fait que Wickham avait lui-même déclaré n'avoir pas de pouvoirs: les offres n'étaient donc pas sincères, et l'on n'avait cherché qu'à agir sur l'opinion. Le Directoire était d'ailleurs animé de dispositions pacifiques; mais la constitution lui interdisait de céder les territoires annexés à la France; quant à ceux qui étaient simplement occupés par les armées républicaines, rien ne s'opposait à ce que l'on discutât.
L'Angleterre laissa tomber l'affaire, bien que, si elle l'eût
1 20 janvier 1796. — Voir le Moniteur universel du 31 janvier.
2 9 février 1796.
réellement désiré, il lui eût été possible de négocier sur cette base, au dire de Wickbam lui-même l. Ce fut un insuccès pour elle : ni le Directoire ni l'opinion publique ne se trompèrent sur les motifs qui lavaient guidée. « Je regrette de dire, écrivit Wickbam le 15 juin, que ma correspondance avec M. Bartbélemv n a produit que peu d'impression à 1 intérieur. Le Directoire a réussi assez généralement à faire croire que les ouvertures de paix étaient illusoires. » En tout cas, ce petit épisode ne causa point grand tort à la politique anglaise, car Wickbam n'avait pas perdu un instant, après l'échec de ses plans en 1705, pour se mettre à la recherche de nouveaux movens d'action.
Drake,. le représentant de l'Angleterre à Gènes, emplovait dans les provinces méridionales de la France un agent nommé Bazille qui jouissait de toute sa confiance. Dans le courant du mois de décembre 1795, Bazille vint à Lausanne pour se concerter avec Wickbam; il profita de l'occasion pour soumettre au ministre anglais un mémoire qui débutait en posant brutalement deux faits2 : la guerre a montré « qu'il est désormais impossible de réduire la révolution par la force des armes » ; une grande partie de l'Europe ayant renoncé à la lutte, la prochaine campagne ne servira qu'à procurer des conditions de paix un peu meilleures aux belligérants actuels. «L'intrigue et la politique doivent donc devenir aujourd'hui les ressorts principaux de la scène. »
Déjà, à la lecture de cetexorde, on sentait une main connue, qui n'avait pas été étrangère à l'arrivée de Wickbam en Suisse : Ja suite rappelait mieux encore le programme du parti constitutionnel, tout en témoignant de certaines modifications dans les projets primitifs de ce parti. Bazille divisait en trois séries les moyens d'exécution :
1° II fallait tout d'abord continuer la guerre pour mécontenter le peuple en l'épuisant, et entraver par tous les pro-
« Wickham ;. lord Grenville, 8 avril 1790. 1 21 décembre 17'J5.