CHAPITRE VI. — DECEMBRE 1795-AVRIL
cédés imaginables le fonctionnement régulier de la constitution
française. Pendant ce temps, le roi et l»s émigrés devaient rester étrangers à la guérie, pour diminuer la haine qu'ils inspiraient. Le roi réunirait alors autour de lui tous le-, membres de >a famille pour paraître au moins eu parfaite communion d'idées avec eux, puis il se rapprocherait des constitutionnels, se laisserait inspirer la clémence, inviterait le clergé à sacrifier le temporel au spirituel, ne dirait rien qui pût faire craindre l'expropriation des biens nationaux, entretiendrait quelques agents auprès des députés, et enfin se concilierait l'armée pour en avoir une à la restauration. C'était la période préparatoire.
2" Les chefs vendéens ouvriraient ensuite une négociation avec les républicains.
3° Aussitôt, on organiserait un pétitionneraient général; les alliés cesseraient les opérations de guerre; enfin, Sa Majesté Britannique, Sa Majesté Très-Chrétienne et les neutres adresseraient un manifeste aux Français.
Dans ces conditions, concluait le mémoire, on votera certainement en France le retour de la monarchie ; si cependant un schisme se produit alors, il en résultera une guerre civile générale, qui, étant donné 1 état de la France, aura également pour résultat une restauration monarchique. Mais sans toutes ces concessions, tout est perdu.
Ce projet différait, comme on le voit, sur plusieurs points importants, du plan de Mounier et de Mallet, en septembre 1794 : en premier lieu, la cessation des hostilités par les puissances n'était plus réclamée immédiatement, mais seulement pour une époque indéterminée, lorsque les premiers moyens proposés auraient déjà produit leur effet; les inspirateurs du mémoire se déclaraient implicitement satisfaits des promesses de Louis XVIII relativement à l'amnistie, bien que l'amnistie ne fût pas aussi générale qu'on l'avait d'abord demandé ; enfin, malgré le manifeste et ses tendances absolutistes, on ne parlait nullement des institutions à donner à la France, ni de
la part que les puissances pourraient prendre à la création d'un nouveau gouvernement.
Si Ion veut néanmoins pénétrer l'esprit de ce document, on reconnaîtra les idées de Mounier : rétablir la royauté par l'opinion publique ; suspendre l'intervention des puissances quelque temps avant que l'opinion puisse se déclarer; s assurer une armée pour la restauration, car peut-être aura-t-on à défendre ses frontières. La haine de l'étranger dominait d'un bout à l'autre de ce mémoire; bien plus, dans la copie que Bazille avait remise à Wickham, il avait retranché plusieurs passages hostiles à l'Angleterre1. Bazille était un royaliste de la bonne école : comment se faisait-il qu'il se fût prêté aux intrigues des constitutionnels? "Wickham s'aperçut qu'en venant à Lausanne, Bazille s'était lié avec quelques-uns des anciens représentants du peuple dirigés parDuport; celui-ci avait récemment envoyé à Paris M. d'Aramont pour entrer en relation avec le nouveau tiers; il était en correspondance directe avec Dumas à Paris, et recevait de l'argent du duc de Luxembourg. Le mémoire du 21 décembre avait été rédigé par le groupe Duport.
a Ce mémoire est pour moi une preuve certaine que l'influence et le crédit du parti constitutionnel décroissent de jour en jour. Leur langage était bien différent lorsqu'il semblait que leurs partisans gagnaient à Paris une influence momentanée. Chaque jour on menaçait le Roi d'être détrôné, s'il n'adoptait intégralement leur programme Aujourd'hui, leur langage est totalement changé; ils ne menacent plus en leur nom propre; au contraire, les malheurs qu'ils croient devoir suivre le rejet de leurs propositions sont représentés comme devant les atteindre euxmêmes, aussi bien que le Roi et les royalistes les plus purs2... »
Cependant, et malgré leur aversion connue pour l'Angleterre, les constitutionnels pouvaient être utiles. Wickham n'était pas assez esclave des principes abstraits pour ne pas
1 Wickham à lord Grenvîlle, 5 janvier 1790.
2 Wickham à lord Grenville, 5 janvier 1796. — Reçu à Londres le 3 février.