‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 84 sur 156 · CHAPITRE VI. — DECEMBRE 1795-AVRIL I7S6. 16t · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — DECEMBRE 1795-AVRIL I7S6. 16t

tirer d'eux tout ce qu'ils étaient capables de fournir à la cause; mais ici L'obstacle ne venait pas du gouvernement honni par les constitutionnels; il venait des princes mêmes que l'on voulait rendre à leurs dignités et à leur fortune, et qui prétendaient imposer des conditions de soumission trop humiliantes pour qu' «une personne qui conserve le moindre sens de l'honneur » y pût adhérer.

Un incident attira bientôt l'attention de Wickham sur la délovauté de certains constitutionnels : ils n'en voulaient qu à son argent. Au mois de janvier 1796, une vive émotion se manifesta dans le canton de Berne. On venait d'arrêter un convoi de poudres que Ion prétendait avoir été achetées par 1 agent anglais; de plus, une lettre de la correspondance de Lemaitre, publiée après son arrestation à Paris1, disait que le centre des intrigues et des espionnages rovalistes se trouvait dans la maison de Wickham. Venant après l'aventure de d'Artès, ce nouveau contre-temps pouvait avoir les conséquences les plus graves pour le ministre anglais et amener son expulsion de Suisse, peut-être même une rupture entre la répuhlique helvétique et la Grande-Bretagne. Wickham sut cependant débrouiller l'affaire de telle sorte que rien de fâcheux, n'en résulta.

Il avait été un peu surpris de voir que, parmi les clameurs suscitées contre lui à cette occasion, les plus fortes étaient celles des constitutionnels. Mais il ne s était guère attaché à ce détail, lorsqu'une lettre de Th. de Lameth à l'ancien président du département du Jura, un certain Hébrard, lui tomba entre les mains : Lameth y marquait son dessein de travailler à déjouer les intrigues de Wickham, « être qui n'a encore réussi qu'à tromper quelques imbéciles et qui ne cherche qu'à gagner son argent3 ». Wickham se préoccupa sans retard du danger qu'offrait pour la cause la présence de Lameth sur la frontière, dans le petit village de

1 13 vendémiaire.

2 La copie de cette lettre, envoyée à Grenville le 28 janvier, n'a pas de date.

Nyon. Un homme capable décrire des lettres semblables trahirait aussi bien tous les secrets à un moment donné; Wickham obtint des autorités helvétiques un ordre enjoignant à Lameth de quitter Nyon pour l'intérieur du pays1.

Lorsqu'il reçut cet ordre, Lameth chargea le député Brémont d intercéder pour lui, et de dire que la présence de 1 ancien représentant du peuple sur la frontière était indispensable pour contrecarrer des projets qui tendaient à exciter la guerre civile en France et à attirer des représailles sur la Suisse. Wickham jugea cette affaire avec la sérénité d'un homme accoutumé aux calomnies et désireux de poursuivre envers et contre tous le but qu'il s'est proposé :

« C'est là une puissante preuve du danger que j'ai si souvent signalé à Votre Seigneurie, et qui résultera sans doute de la résidence de ces gens sur la frontière, tant que les princes français persisteront à rejeter leurs offres de soumission ou plutôt de réconciliation. Ce n'est pas qu'il faille faire aucun fondement sur leur soumission ou leurs promesses, ou qu'ils soient capables à cette heure de faire quelque bien ; mais, avec des ménagements, on aurait pu les compromettre de telle façon qu'il leur eût été impossible de reculer, et on les aurait, par conséquent, rendus incapables de faire plus de mal à l'avenir. Je crois, à dire vrai, que quelque motif personnel a influencé la conduite de M. Lameth à cette occasion. Je ne saurais trop répéter à Votre Seigneurie... qu'aucune des personnes impliquées dans l'affaire du mémoire remis à lord Fitzgerald ne me pardonnera jamais d'avoir découvert et dévoilé l'artifice et la fausseté de leurs insinuations, la nullité de leurs moyens politiques et de leur influence. L'occasion que j'ai eue, comme Votre Seigneurie le sait, de voir les correspondances qu'ils échangent entre eux, ne me laisse aucun doute sur ce que j'affirme ici 2... »

^ ickham était maintenant privé de presque toutes ses sources d'informations à l'intérieur : de nombreuses arrestations avaient eu lieu à Lvon, à la suite de la saisie des papiers

1 Wickham à lord Grenville, Derne, 14 mars 17%.

2 Wickham à lord Grenville, 14 mars 1796. — lieçu à Londres le 4 avril.

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