CHAPITRE VI. — DECEMBRE 1795-AVRIL I7<ni
de Bésignan, et à Besançon, sur la dénonciation du général Ferrand, que l'on avait pensé corrompre au royalisme '. Wickham envoya à l'abbé Brottier] ,800 livres sterling, tant pour frais d espionnage que pour encourager les insurrections5. L'agent Bayard fit, sur son ordre, un voyage à Paris. Ses rapports témoignent d'une situation assez mauvaise : les chouans et les Vendéens sont dans un état de division déplorable ; dans 10rléanais, au contraire, les royalistes, sous la direction de Leveneur, se montrent très-unis; mais, à Paris, le parti qui veut exclure du trône la branche légitime des Bourbons fait de rapides progrès parmi les royalistes eux-mêmes ; il faudra en prévenir la cour de Vérone. Quant à recueillir quelques renseignements, cela est impossible : toutes les communications de Brottier sont adressées à d'Antraigues, à Venise ; ni à Vérone, ni à Lausanne, on ne peut se procurer une ligne d'informations3. Aussi Wiekham garde-t-il la plus stricte réserve, et c'est Grenville qui le prie, tout en approuvant sa conduite, de ne pas trop décourager les dévouements; on en aura peut-être hesoin :
« Bien qu'aucune occasion immédiate ne se présente d'appeler les royalistes à l'action, il importe que vous ne permettiez pas que vos plans soient dérangés ni que vos agents se lassent; vous devez faire tous vos efforts pour entretenir la conviction que l'entreprise est seulement suspendue et non pas définitivement écartée, et pour maintenir des dispositions telles qu'elles soient mûres et prêtes à se manifester quand le moment d'agir avec quelque chance de succès sera venu. Il faut encore espérer qu'avant l'ouverture d'une nouvelle campagne nous aurons réussi à convaincre la cour de Vienne de l'immense avantage que la cause commune retirerait d'une insurrection bien dirigée et bien appuyée dans les provinces françaises, et de la nécessité du concert et du concours de ses armées, qui, en occupant suffisamment l'ennemi en Allemagne, peuvent seules permettre à un tel effort
1 Wiekham à lord Grenvilie, 26 janvier 1796.
2 Wiekham à lord Grenville, 7 janvier 1796.
8 Wiekham à lord Grenville, 25 janvier 1796.
de se produire avec des chances à peu près sérieuses de succès '... »
Les anciens plans reviennent à l'esprit de Grenville. Il a assuré des ressources suffisantes aux insurgés de Vendée et de Bretagne, si bien qu'à moins d'événements extraordinaires, AYickham n'aura rien à donner de ce côté ; à l'égard de Leveneur, on lui laisse toute liberté. Mais, avec ces visées belliqueuses, la cour de Londres éprouve un scrupule :
« Après les mesures que Sa Majesté a récemment prises pour s'assurer des dispositions de l'ennemi au sujet de la paix, vous devez éviter avec soin de faire au nom de Sa Majesté aucune promesse dont l'exécution pourrait être incompatible avec la bonne foi que Sa Majesté tient à mettre dans la négociation*. »
Condé, de son côté, se tient dans une sorte d'expectative, nourrissant toujours de multiples espérances, mais n'ayant pour les Autrichiens qu'une confiance mêlée de gêne. La grande affaire du moment est la négociation suivie avec Pichegru,et\Yickham y est activement mêlé. En janvier, Pichegru charge Fauche-Borel de prévenir Condé que tout est prêt : le moindre incident amènera un éclat; mais les alliés ne doivent pas attaquer Strasbourg, car cela leur aliénerait l'armée; il suffit que Pichegru soit certain de n'avoir pas à combattre les Autrichiens, et l'Alsace sera ouverte sans effusion de sang. Quelques jours plus tard, Wùrmser promet de seconder ce plan "'.
Condé n'est cependant pas tranquille :
« ...Les bonnes dispositions sont toujours les mêmes, mais ce ne sont jamais que des dispositions, et je n'entrevois point d'époque à l'événement décisif; on divise mon corps en ce moment-ci d'une manière cruelle; car, soit pour me battre (et je vais en être fort à portée), soit pour profiter de cet événement, jamais je n'ai eu plus
1 Lord Grenville à Wickham, 19 février 1796.
2 Lord Grenville à Wickliam, 8 mars 1790.
3 Faccoe-Bobel, Mémoires, I, |>. 311-314.