CHAPITRE VI. — DECEMBRE 1735-AVRIL l"!»(i
besoin d'être rassemblé. Mais les malveillants en ont autrement décidé : on m'enlève douze cents cbevanx, tonte ma cavalerie noble, pour la faire vivre, dit-on, dans le pays de Rothenherg; et l'on me prévient que, dans huit on dix jours, on me fera passer le Rhin à Spire avec le reste pour me placer aux avant-postes...
u Je vous prie de me mander si le Lyonnais et la Franche-Comté sont toujours an point d'éclater quand on voudra, et si ces provinces peuvent compter que vous les soutiendrez fortement, comme c'était votre intention. Pichcgru désire qu'on les travaille avec beaucoup de chaleur "... n
On songe sérieusement à faire campagne, mais les arrestations de Besançon inspirent quelques craintes :
« Vous avez été consterné comme moi de la trahison que nous venons d'éprouver en Franche-Comté. Je n'ai pas à me reprocher d'avoir poussé vos agents, car j'ai au contraire répondu à ceux qui m'ont écrit que j'étais trop loin pour rien diriger, et que, sur toutes choses, il ne fallait rien faire que de concert avec vous et avec votre aveu. Je désirerais bien que vous me mandassiez si tout est perdu sans ressources dans celte partie. Vous me feriez grand plaisir aussi de nous appuyer un peu auprès de M. Crawfurd, qui me parait un peu disposé, vis-à-vis de nous, à une rigueur que nous ne méritons pas...
« Baptiste (Pichegru) a été fort affecté, peut-être même un peu effrayé de l'affaire de Besançon; cela n'a point changé ses dispositions, à ce qu'il parait; mais il tire en longueur; il attend que l'opinion se fortifie encore...
« Il paraît que des lettres de Vienne (vu que je n'avais pu m'einpêcher de faire part de tout ce qu'on nous faisait souffrir) sont arrivées à Manuheim, et que depuis ce temps on nous y chicane un peu moins ; mes recruteurs ont été réintégrés aux avantpostes a... »
La trêve conclue par Clerfavt et Jourdan, bientôt étendue à tout le Rhin, empêche l'action immédiate3. Mais la corres-
1 Condé à Wickham, Biihl, 2t janvier 1796. Envoyé pai Wickham à lord Grenville le 17 mars.
2 Condé à 'Wickham, 2 février 1796.
3 Fauche -BonEL, Mémoires, I, p. 320.
17i L'ANGLETERRE ET L'ÉMIGRATION FRANÇAISE.
pondance continue avec Pichegru, et le plan se dessine peu à peu :
a Wiirmser m'a écrit la note la plus honnête et m'adonne toutes les facilités possibles pour notre réunion avec Baptiste au moment où il en donnera le signal. 11 n"v a cependant encore rien de bien prononcé pour prendre possession au nom du Roi, mais rien d'annoncé dans le sens contraire. Si jamais on élevait le moindre doute à cet égard, il est bien certain que Baptiste, loin d'éclater, se défendrait jusqu'à la dernière extrémité.
« Les Autrichiens insistent fortement pour que vous teniez à portée de moi, plus tôt que plus tard, une couple de millions pour être sûrs que je puisse faire face aux premiers moments qui seront chers, il ne faut pas se le dissimuler. Si cela n'était pas bien assuré, ils hésiteraient sûrement à me permettre le passage1. »
Peut-èlre Condé ne se servait-il ainsi du nom des Autrichiens que pour obtenir plus de Wickham, car à Londres, où 1 on était bien instruit des intentions de la cour de Vienne, mais où l'on ne connaissait que mal, il est vrai, la négociation avec Pichegru, des plans tout différents se formaient. Lord Grenville reprit une idée un instant attribuée aux Autrichiens pour parler à nouveau de faire passer Condé en Savoie : il croyait que les jalousies autrichiennes seraient toujours un obstacle à l'entrée du prince en France par le Rhin. Grenville pensait même que l'on devait s'appuyer sur les mouvements intérieurs, indépendamment de toute action extérieure, car il était impossible d'arriver à quelque certitude sur les dispositions de la cour de Vienne : l'Angleterre, à cause de ses énormes dépenses, avait dû lui refuser tout récemment la garantie d'un emprunt; elle-même n'aurait d'argent disponible que dans deux ou trois mois. Cependant Grenville s'engageait à faire de son mieux pour que les armées alliées, si elles n'entraient pas en France, occupassent au moins les républi-
a lé a Wickham, G mars 1700.