‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 92 sur 156 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Louis XVIII à l'armée de Condé. — Il refuse d'écouter les conseils de modération que lui donnent Wickham et Pichegru. — Arrêt dus négociations avec les royalistes. — Inaction de L'Angleterre.

(Avril-décembre 1796. )

Wickham était venu à Fribourg en Brisgau pour s'entendre avec le colonel Crawfurd au sujet de l'armée de Condé, lorsque, le 28 avril, tous deux furent invités par ce prince à se rendre immédiatement à Riegel. En arrivant au quartier général royaliste, ils apprirent que Louis XVIII y était attendu dans le courant de la journée, et Condé leur demanda ce qu'il devait faire en face de circonstances aussi délicates. Wickham conseilla au prince de communiquer la nouvelle aux généraux autrichiens et à la cour de Vienne. Condé résista d'abord, car il craignait que le prétendant ne fût arrêté dans son voyage parles avantpostes impériaux. Mais Crawfurd fit remarquer qu'étant donné le traité d'alliance qui unissait son gouvernement à l'Autriche, il se verrait contraint d'informer lui-même Wurmser de l'arrivée prochaine de Louis XVIII, si Condé ne consentait point à le faire. Le prince céda. Avant même que les lettres ne fussent expédiées, Louis X Y III arriva à Riegel.

« Nous lui fûmes immédiatement présentés, le colonel Crawfurd et moi : il nous reçut de la manière la pins distinguée et la plus flatteuse. Il nous exprima à plusieurs reprises et dans les tenues les plus forts sa gratitude envers Sa Majesté Britannique pour la générosité et la munificence qu'elle avait montrées à l'endroit des malheureux émigrés, et notamment de cette armée, aussi bien que pour les marques d'attention et de considération per-

sonnelle qu'elle avait données au Roi et aux autres membres de la famille royale. Il parla aussi dans les meilleurs termes de lord Macartney

« Notre conversation fut absolument générale et se passa devant le prince de Condé et plusieurs de ses officiers. Nous quittâmes Riegel environ une heure après l'arrivée du Roi.

« Je sais fort bien que cette rencontre sera attribuée à quelque chose d'autre qu'au seul hasard, d'autant que j'ai quitté Berne dans les vingt-quatre heures et que, sans une irrégularité de la poste, j'aurais pu y recevoir l'avis du voyage projeté par le Roi.

« Ma conduite ici va devenir extrêmement difficile et exigera l'attention la plus scrupuleuse de ma part pour éviter tout ce qui peut m'exposera la censure ou aux remarques. N'était la prochaine arrivée de Pichegru, je retournerais à Berne incontinent1 »

La surprise n'était rien moins qu'agréable : Wickham vit d'un coup d'ceil toutes les complications diplomatiques que cet événement allait amener. Sa responsabilité s'accroissait singulièrement : jusque-là il n'avait eu affaire qu'à des protégés, des inférieurs ; maintenant il se voyait en présence d'un souverain, mieux encore, d'un souverain non reconnu, qui pourrait un jour considérer comme des promesses de simples avis, et prendre pour des traités en bonne forme quelques notes échangées à la hâte. La situation devenait très-délicate, et Wickham n'avait pas d'instructions. Pourtant, aussitôt le danger constaté, il arrêta sa ligne de conduite.

-Montrer beaucoup de respect au Roi, mais ne lui faire que de rares et courtes visites; éviter de donner notre opinion « chaque fois que cela se pourra décemment » : telle est notre intention, au colonel Crawfurd et à moi, écrit Wickham2. Crawfurd a écrit à sir Morton Eden, afin que cet ambassadeur s'emploie à éviter toute humiliation au roi : si Ion veut le renvoyer de l'armée, qu'on lui laisse au moins assez de temps pour que son départ ait l'apparence d'être volontaire. Mais

1 Wickham à lord Grenville, Fribourg, 29 avril 1796. — Reçu à Londres le 12 mai.

- Wii kli.im à lord Grenville, 29 avril 1796.

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